L’Algérie vit, depuis quelques jours, au rythme de rebondissements successifs dont l’impact est retentissant. Dissolution de l’APN, création de dix nouvelles wilayas, commémoration du second anniversaire du Hirak et remaniement partiel du gouvernement.
Ce dernier événement, annoncé par le Président Tebboune, jeudi passé, et « concrétisé » près de 72 heures après, a été très loin des attentes qu’il avait suscitées. En d’autres circonstances, et par les mini-changements effectués, il serait passé quasiment inaperçu. Cependant, son impact a été décevant, très décevant même. Aux grands chamboulements attendus, aux « sanctions » qui devaient toucher les ministres ayant échoué dans leurs missions, il a été choisi d’opter pour des remodelages sans signes de véritables changements. Finalement, les seuls satisfaits du remaniement auront été les nouveaux bénéficiaires de portefeuilles ministériels.
Devant la double pression, sociale et conjoncturelle, la Présidence n’a, somme toute, pas pu accoucher de décisions à la hauteur des exigences. Le gouvernement Djerad III ressemble trop au précédent pour pouvoir affirmer qu’il y a eu une quelconque mutation. Mais, est-ce qu’il y avait un grand choix ? Les personnes compétentes susceptibles de prendre des postes ministériels ne se bousculaient pas aux portillons. La motivation ne pouvait être au rendez-vous pour rejoindre une équipe dont la durée de vie ne dépasse pas quelques petits mois. Ce gouvernement n’aura eu qu’une petite rallonge avant de céder la place (en principe) à celui qui sortira après les joutes électorales.
Cette situation ressemble bien à une position que les férus de jeux d’échecs connaissent bien, celle du Zugzwang. Cette dernière concerne un moment d’une partie, durant laquelle le joueur se retrouve dans l’impasse. Quel que soit le « coup » choisi, il est perdant. La manière avec laquelle a été géré le dossier du remaniement en est une illustration. L’équipe gouvernementale actuelle se retrouve ainsi dans une posture bien délicate. Ceux qui n’ont pas été touchés par le remaniement devront continuer leur mission dans des conditions bien plus difficiles que celles d’avant. Ils sont obligés de démontrer que leur maintien est synonyme de bons résultats sur le terrain. Les nouveaux, aussi « temporaires » qu’ils soient, seront épiés pour voir quelle plus-value ils vont apporter.
Au final, et comme dans toute partie de jeux d’échecs, ce qu’il faut éviter c’est avant tout un « échec et mat », et quand c’est à l’échelle d’une nation, l’enjeu devient bien plus grand qu’un simple échiquier…

*Terme allemand utilisé dans les jeux d’échecs. Zug pour «coup» et Zwang pour «contrainte»