Propos recueillis par Milina Kouaci
Reporters : Les syndicats de la Fonction publique ont poursuivi hier leur deuxième jour de grève. Quelle appréciation avez-vous de ce débrayage ?
Zoubir Rouina : La mobilisation est massive, les fonctionnaires ont largement adhéré au mot d’ordre et nous avons atteint notre objectif. Cette grève est un signal d’alarme décidé en réaction à la dernière hausse salariale, actée par le décret présidentiel 22/138. L’amélioration du pouvoir d’achat est une revendication portée depuis plusieurs années, sans qu’il n’y ait une réponse positive des pouvoirs publics alors que le pouvoir d’achat ne cesse de se dégrader avec l’explosion des prix et l’inflation.
Le Président a promis des augmentations salariales en janvier prochain…
Augmenter les salaires ne signifie pas forcément une amélioration du pouvoir d’achat. Si les prix ne sont pas contrôlés, la situation ne se redressera pas. D’où la revendication de la mise en place d’un observatoire national du pouvoir d’achat, notamment dans ce contexte d’instabilité économique. Ajoutons qu’il faut distinguer le salaire nominal du salaire réel.

Les syndicats demandent-ils une solution dans l’immédiat ?
Nos revendications sont connues de tous. Elles ne tolèrent aucune tergiversation. Nous avons une économie instable et on ignore comment évoluera la situation économique et sociale d’ici quelques mois. Les fonctionnaires demandent une amélioration de leur situation sociale dans l’immédiat et en urgence. En annonçant une augmentation salariale d’ici janvier prochain, on constate que le président de la République a admis que la dernière hausse des salaires n’a pas été conséquente. Nous sommes dans une situation difficile. Le gouvernement doit répondre positivement à nos revendications pour l’équilibre des relations de travail, pour une meilleure organisation et pour la stabilité du front social. Et ignorer nos revendications ne servira aucune partie.
Nous appelons également les autorités compétentes à améliorer la qualité des services publics pour contribuer à l’amélioration du pouvoir d’achat. Par exemple, on demande d’améliorer les soins dans les structures publiques de santé pour ne pas contraindre un patient à s’orienter vers le secteur privé. Nous exigeons, également, d’ouvrir le dossier du régime indemnitaire et d’actualiser la prime de zone calculée sur la base du barème des rémunérations de 1989.

Vous allez tenir une réunion d’évaluation. Quelle est la tendance parmi les protestataires ?
Nous allons nous réunir la semaine prochaine pour nous entendre sur les actions à entreprendre. Ce qu’il faut souligner est que ce mouvement a été organisé au lendemain de la révision de la loi 90/14 liée aux modalités d’exercice syndical, et le président de la République a ordonné de préparer un projet de loi lié à l’exercice syndical. Au moment où on s’attendait à une réaction du gouvernement suite à la diffusion du communiqué annonçant la décision de grève, nous avons été surpris par la réaction du ministère du Travail qui s’est précipité à décréter notre grève illégale, alors qu’aucune loi n’interdit la coordination entre les différents syndicats. Chacun des syndicats a déposé son préavis de grève individuellement, mais aucune procédure de conciliation ou de médiation, contenue dans la loi 90/14 relative à la prévention au règlement des conflits du travail et de l’exercice du droit de grève, n’a été entamée pour éviter les situations de blocage.