La forte implication des étudiants dans le mouvement populaire est un signe de prise de conscience collective quant à leurs responsabilités devant l’Histoire, selon Zoubir Arous, sociologue et enseignant à l’université d’Alger II. Pour lui, il y a une continuité entre l’actuel élan populaire et l’engagement des étudiants algériens qui avaient rejoint le maquis de la Révolution le 19 mai 1956.

Reporters : Les étudiants célèbrent aujourd’hui leur Journée nationale par un 13e acte de marche. Ils réitèrent leur engagement et soutien au mouvement populaire. Quel regard portez-vous sur la célébration de cette date symbolique ? Y a-t-il une similitude entre les deux actions ?
Zoubir Arous : Les causes qui ont conduit les étudiants algériens à rejoindre le maquis, en 1956, sont les mêmes qui ont conduit nos étudiants soixante-trois ans plus tard à ouvrir un autre chapitre d’engagement et
adhérer massivement au mouvement populaire enclenché le 22 février pour réclamer le changement. Deux époques et circonstances historiques différentes, dans lesquelles les étudiants se sont mobilisés pour faire valoir leurs droits, l’indépendance et la souveraineté du pays pour la génération de la guerre de Libération nationale, et un Etat de droit pour la génération actuelle.

Pensez-vous qu’il y a une continuité entre les deux mouvements ou une rupture ?
L’élan populaire que vit actuellement l’Algérie n’est qu’une continuité à inscrire dans la même ligne historique du mouvement de libération nationale avant même que les étudiants décident de rejoindre le maquis et d’appuyer la Révolution. Il faut relever, ici, qu’avant le déclenchement de la Révolution en 1954, les autorités françaises pensaient que la frange des étudiants était en retrait de la dynamique révolutionnaire. Mais l’engagement des étudiants pour la Révolution, en 1956, a été un tournant dans l’histoire de l’Algérie, avec l’adhésion de son élite au projet d’une Algérie indépendante et souveraine dans ses décisions. Nos compatriotes, qui ont rejoint le maquis en 1956, étaient des jeunes. Et dans le mouvement populaire qu’on vit actuellement, on constate la participation et l’implication massive des jeunes dans les marches hebdomadaires des vendredis, en plus de celles qu’ils observent, en tant qu’étudiants, chaque mardi. Et n’oublions pas qu’ils étaient les premiers à braver la chaleur et le jeûne pour tenir la première manifestation ramadhanesque. Ce qui n’est pas sans maintenir la flamme de la contestation populaire. Rien ne les a empêchés de sortir pour maintenir la pression contre le système en place.

On parlait, il y a quelques mois, d’une communauté estudiantine inerte, immature et démissionnaire de la vie politique, économique, et sans projet social. Le présent mouvement constitue-t-il un démenti de cette thèse ?
La détermination des étudiants nous a servi de leçon. C’est incontestable. C’est une réponse cinglante à toutes les personnes qui parlaient d’établissements universitaires qui ne produisent plus d’élites que tout le monde souhaitait. Evidemment, le mouvement en cours a démontré le contraire. Nous avons tous remarqué que nous avons des étudiants et des jeunes diplômés, conscients des enjeux à surmonter, mûrs, capables d’assumer les hautes responsabilités et possédant un projet à défendre. Les étudiants sont conscients du rôle qu’ils ont à jouer et de leur responsabilité devant l’Histoire. C’est pour ces raisons, qu’ils sont massivement impliqués pour l’émergence d’un Etat démocratique.