Par Nadir Kadi
Un mois après les terribles incendies qui ont ravagé les wilayas du Nord et du Nord-Est du pays, la question du reboisement de près de 89 000 hectares de couvert végétal détruits se pose toujours et divise de plus en plus «spécialistes», responsables politiques et acteurs de la société civile.
Ainsi alors que certains experts du domaine plaident pour «laisser faire la nature», mettant en garde que le reboisement «ne doit pas être mené n’importe comment, afin d’éviter de commettre des erreurs qui pourraient compromettre la régénération», de plus en plus d’initiatives individuelles ou d’associations encouragent au contraire le reboisement. Une hâte légitime et une volonté de tourner la page après un été particulièrement tragique. Mais une divergence d’approche, que les autorités politiques semblent, pour leur part, vouloir trancher en adoptant une position médiane, replanter des arbres fruitiers, mais encadrer le reboisement des forêts au travers d’une «Commission nationale de coordination des opérations de reboisement». Cependant, et bien que le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Abdelhamid Hemdeni, avait annoncé le 24 août dernier que 11 millions d’arbres fruitiers seront plantés, notamment dans la wilaya sinistrée de Tizi-Ouzou, il apparaît toutefois que la relance – à long terme – de l’exploitation des oliviers sera beaucoup plus difficile sur le terrain. C’est en tout cas l’impression que donne la visite sur place, décrite par l’APS, d’une délégation du Conseil national interprofessionnel de la filière oléicole (CNIF-Oléicole) et des services de la Direction de Tizi-Ouzou des services agricoles. En effet, au moment où toute une filière économique doit décider des «mesures urgentes à engager», faire le choix entre la régénération naturelle, assistée, voire carrément une replantation des oliveraies, les avis fusent, notamment de l’inspecteur phytosanitaire à la DSA, Kaci Boukhalfa, pour qui «ce n’est pas le moment pour planter», selon le reportage de l’APS. L’expert ajoute plus loin qu’il faut «attendre la saison des pluies», entre octobre et novembre, «pour réussir l’opération en choisissant des plants jeunes de deux ou trois ans maximum». D’autres mises en garde sont également lancées en ce qui concerne le choix des variétés d’olivier, toutes différentes, selon les régions. En ce sens, l’inspecteur phytosanitaire Boukhalfa Kaci appelle à préserver le patrimoine génétique oléicole, la variété dominante à Tizi-Ouzou étant le «chamlal», adaptée au terroir montagneux de la wilaya et résistante à la sécheresse, aux fortes chaleurs et au froid.
Quant aux actions humaines qui peuvent être menées, l’avis dominant est de conserver une certaine humilité face à la nature, l’accompagner sans pour autant interférer. Ainsi le président du CNIF-Oléicole M’hamed Belasla insiste sur l’importance de «laisser la nature réagir après l’incendie et voir comment les arbres se comportent afin de décider des actions à mener, car tailler actuellement pourrait nuire à la reprise des oliviers dont les racines sont encore saines». Un point de vue qui n’est toutefois pas un appel à l’inaction, le même responsable ajoutant plus loin que les autorités doivent réfléchir aux moyens d’éviter l’aggravation de la situation : «Le plus important pour le moment est de réaliser des gabions et des fascines pour protéger le sol de l’érosion, ainsi que des retenues collinaires pour faire face non seulement aux feux de forêt, mais aussi à la sécheresse. Pour nous, la plantation doit intervenir en dernier. Cette mesure doit être précédée par la régénération et le greffage».
Incendies tragiques qui ont, pour rappel, coûté la vie à plus de 90 personnes selon un bilan toujours provisoire et imprécis, l’enquête publiée par l’APS ainsi que les témoignages des habitants expliquent par certains aspects les raisons de cette absence de décompte officiel. En effet, on apprend entre les lignes que les incendies du mois d’août «continuent» encore de faucher les vies des blessés graves. Ainsi, le cimetière du village Ikhlidjen (Larbaa Nath Irathen), un mois après les incendies, a encore «accueilli » une victime, la vingtième issue du village. Une personne morte des suites de ses brûlures, informe l’APS.<