Au bout de la route vers la commune d’Aïn El Beïda et à travers les champs de palmiers qui traversent le centre de la localité du chott, le lac s’installe majestueusement au milieu des palmeraies et des dunes de sable. Le temps s’arrête dans ce lieu de rêve qui vous emporte vers un univers aux mille couleurs. Seuls les chants et les cris d’oiseaux viennent troubler ce calme qui se fait sentir dès qu’on pénètre dans cet espace.

Sur ce petit chemin récemment réhabilité, qui coupe ce lac en deux, le soleil darde ses rayons suprêmes qui se reflètent sur la surface de l’eau éblouissante vous donnant l’impression de franchir un arc-en-ciel qui s’envole sur une île perdue.
Ce lac, entouré de longs roseaux et d’herbes hautes qui voguent sur l’eau, s’étend sur une superficie dépassant les 6 800 hectares, sa surface est nettement réduite due au pillage anarchique d’une grande partie du lac.
Cette grande étendue d’eau est donc la première chose qu’on peut voir à l’entrée de la wilaya de Ouargla, en venant de l’Est. Située à 8 km du chef-lieu, elle borde, d’un côté la RN 49 puis s’étale très loin vers l’Ouest, ou s’installe magnifiquement au milieu des champs de palmiers et de dunes qui s’étalent à l’infini.

Mixture de couleurs
Au milieu de ce paysage de rêve, sublimé par une mixture naturelle exceptionnelle, nulle part ailleurs on ne peut voir une telle combinaison de couleurs. Sable, eau et verdure forment un magnifique tableau qui offre à celui qui le contemple une véritable sensation de liberté. Sur les petites vagues qui dansent sous la brise qui se lève tôt le matin, on voit déjà les groupes de flamands roses et d’autres espèces d’oiseaux qui flottent majestueusement sur ce tapis d’eau transparent comme sur une grande patinoire à ciel ouvert.
Dans le chott Aïn Beïda, le flamand rose est certainement l’espèce la plus facilement observable dans ce milieu naturel. Il est l’un des plus beaux oiseaux que nous puissions voir. Avec son plumage flamboyant et sa longue élégante silhouette, il nage majestueusement pendant des heures dans l’étang, sans relâche. Les peuplements sont aussi dominés par le beau butor étoilé qui se raréfie, selon les spécialistes en ornithologie, vu la dégradation rapide du milieu de vie. Son cri s’entend le long du lac surtout au crépuscule et à l’aube. On y trouve également le canard souchet migrateur avec son bec noir en spatule et le tadorne casarca, connu particulièrement pour son magnifique plumage orange roux. Ce dernier émigre et se déplace après la période de la mue. La poule d’eau, l’avocette élégante, l’échasse blanche, le héron cendré, la mouette rieuse, le pygargue à queue blanche et plein d’autres espèces d’oiseaux hivernaux se réfugient dans ce lieu pour se reproduire et profiter de la chaleur. Cette faune comprend pratiquement d’autres espèces, telles les reptiles, les mammifères, des amphibiens et des poissons. Pour la flore, elle est typiquement saharienne qui représente une source alimentaire et l’habitat pour la faune de ce milieu. Elle est composée essentiellement des halophytes notamment le phragmite communis et les palmiers dattiers.

Oiseaux en baisse
Les alentours du lac bénéficient d’une faune et flore très riche et très diversifiées. Au mois de janvier écoulé, les ornithologistes ont recensé environ 10 935 oiseaux migratoires à travers les 10 zones humides, classées et non classées dont dispose la wilaya d’Ouargla, selon la Conservation des forêts. Selon un recensement hivernal effectué par un réseau national de spécialistes en ornithologie dans la région du sud-est, qui entre dans le cadre d’un dénombrement international des oiseaux migratoires qui se fait chaque 14 janvier, ces oiseaux d’eau qui proviennent essentiellement d’Europe, s’installent massivement dans ces sites considérés comme des lieux d’arrêts et de nidation.
Cette avifaune migratrice constituée essentiellement d’espèces d’oiseaux d’eau qui proviennent des pays froids pour nidification, est sujette à des agressions diverses, destruction des nids, pollution du milieu de vie ou encore, victimes de braconniers. Ce décompte 2017 a révélé que l’abondance des oiseaux a remarquablement baissé. Il a permis de définir 14 espèces d’oiseaux migrateurs qui trouvent refuge dans les zones humides locales dont 8 530 flamants roses, 1 500 tadornes, 286 oiseaux, le tadorne casarca et 200 oiseaux la gallinule. Outre le petit héron blanc, 5 oiseaux, et le phénicoptère, 9 oiseaux seulement, ont été recensés cette année au niveau des zones humides du chott Aïn Beïda, chott Oum Raneb et chott de Sidi Slimane. Les causes de la diminution et de la disparition de certaines espèces sont dues principalement aux changements de climat et la dégradation flagrante de ces sites.

Menaces
Ce milieu est fortement menacé par l’effet anthropique. Le drainage de zones humaines et la pollution du site sont des réelles menaces pour ces oiseaux. Certaines espèces qui prennent comme habitat la végétation qui entoure le chott sont devenues très rares vu la dégradation extrême de leur environnement. Représentée principalement par des halophytes et de plantes susceptibles de supporter la salure, cette prolifération est le refuge et la source alimentaire pour ces oiseaux qui migrent vers ces zones humides pour la reproduction et construisent leurs nids sur les rives sableuses et argileuses. L’exploitation de la végétation, la destruction des nids et le déversement des eaux usées représentent une réelle menace pour cette faune vu l’appauvrissement du milieu en ressources alimentaires et les problèmes de toxicité qui peuvent en résulter. Les décharges éparpillées sur les rives devenant une source de maladies pour le peuplement d’oiseaux avoisinants.

Négligence
Désignée officiellement comme zone humide d’importance internationale par le site Ramstar, en décembre 2004, le site n’a réellement jamais été protégé ni entretenu. Malgré l’importance bioécologique de ce site reconnu, il a été pendant longtemps considéré comme zone exutoire des eaux usées charriées à travers les réseaux d’assainissement. Le lieu a également été utilisé comme décharge publique où des tonnes d’ordures ménagères et des débris de construction sont déversées tous les jours.

Pollution
Le déversement des eaux usées était l’un des principaux facteurs de pollution du site qui servait déjà depuis longtemps de dépotoir d’ordures de toutes sortes. Réseau d’assainissement défaillant et incivisme ont conduit à rendre ce biotope un marécage boueux et nauséabond. La diminution remarquable de la surface du lac est devenue, suite aux travaux d’aménagement entamés en 2007 et qui devaient dériver le réseau d’assainissement qui a conduit à l’assèchement d’une grande partie de ce lac et au déséquilibre de cet écosystème.

Réhabilitation
Vu l’importance que revêt cet écrin naturel, et afin de consolider la dimension économique de ces zones humides et pour remédier à la dégradation extrême qu’a connue ce site, la wilaya d’Ouargla a consacré, en 2015, une enveloppe de 4 millions de dinars dans le cadre d’un budget supplémentaire pour la réhabilitation du chott Aïn Beïda, mais jusqu’en 2016, rien n’a été concrètement fait. Le nouveau wali d’Ouargla, lors de sa dernière visite des lieux en novembre 2016, a transféré le dossier de la réhabilitation du chott Aïn Beïda du secteur du tourisme vers le secteur de l’hydraulique, ce qui va permettre la restitution de ce milieu aquatique de prédilection pour les milliers d’oiseaux hivernants migrateurs, après des années de perdition et d’en faire une destination touristique. Plusieurs études menées par des spécialistes à l’université Kasdi-Merbah d’Ouargla et d’Alger ont prouvé que les richesses de ce chott en sels permettent de créer des unités de production qui peuvent avoir un impact socio-économique très positif dans la région par l’extraction des différents types de sels tel que les sulfates, le lithium, le potassium et l’halite, le magnésium, le sodium. La formation du lithium et des minéralisations d’uranium a été confirmée par des études, menées en 2011 et 2012.