Le PDG de Sonelgaz, Chaher Boulakharas, a abordé hier, en marge d’une cérémonie de signature d’une convention de coopération avec la société libyenne General Electric Company (Gecol), le dossier des zones d’ombre et l’implication du groupe qu’il dirige dans le raccordement de ces territoires en manque de développement socio-économique.

Un plan d’urgence a été mis en place pour éliminer progressivement les zones d’ombre, a-t-il déclaré à la presse, avant d’ajouter que les premières évaluations font état de 4 000 zones d’ombre ne bénéficiant pas de raccordement au gaz. Il a indiqué que sur les 3 700 zones d’ombre identifiées par les services du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, 1 800 ont bénéficié d’un raccordement au réseau électrique et gazier. M. Boulakhras a rappelé également qu’avant le lancement du programme de M. Tebboune de lutter contre les zones d’ombre et les territoires déshérités, «Sonelgaz avait entrepris de pré-financer des projets de raccordement» de localités ne disposant pas du gaz et de l’électricité courante.
Cet engagement de l’entreprise dans un plan de développement nécessairement coûteux, car il s’agit de «refleurir» des communes et des localités désertifiées sans garantie de développement socio-économique et de retour sur investissement, intervient dans un contexte où Sonelgaz souffre de deux grands problèmes majeurs et liés. Le premier concerne l’ampleur des créances qu’elle détient auprès de ses abonnés depuis longtemps et qui ont «triplé» durant l’exercice 2020 en raison de la pandémie de la Covid-19 et de la crise multidimensionnelle qu’elle a provoquée dans notre pays. En octobre 2020, en effet, le numéro 1 du groupe, M. Boulakhras, avançait dans un cri d’alerte le chiffre non exhaustif de 172 milliards de dinars. Le second problème, conséquent au précédent, se rapporte au recul des moyens d’investissement dont dispose le groupe pour financer les projets stratégiques dont le pays a besoin à moyen et long termes et aux difficultés pour débourser l’argent nécessaire à la mise en place des équipements dont ont besoin les habitants des zones d’ombre.
Sonelgaz souffre d’un niveau d’endettement très lourd – près de 2 400 milliards de dinars selon un chiffre communiqué fin 2019 – alors que l’Etat n’a plus les capacités nécessaires pour l’accompagner dans ses crédits auprès des banques publiques. Ce qui fera dire à son PDG que le recours à l’endettement international pourrait être un secours pour le programme de développement d’ici à 2025-2026. Ceci dans le cas où la situation se compliquerait davantage en cette période de recul des recettes d’hydrocarbures et de récession économique générale. «Pour tous ces projets d’envergure, nous avons besoin du cash-flow», ne manque pas de dire à chaque fois Chaher Boulakhras, afin de rappeler au passage la gêne financière dans laquelle son groupe est mis par le poids de ses créances.
Le poids des créances
Jeudi 24 décembre, le ministre de l’Energie, qui indiquait que près de 30% des zones d’ombre à travers le pays ont été raccordées au réseau électrique national sur plus de 15 000 zones d’ombre recensées à travers le pays, a fait un pas prudent mais réel en ce qui concerne la politique des tarifs pratiqués depuis des décennies. En marge d’une séance de travail au Conseil de la Nation (Sénat), Abdelmadjid Attar a évoqué la «possibilité d’augmenter les prix pour les tranches importantes de consommation d’électricité ou de gaz, au-delà de seuils raisonnables». Selon lui, la décision (pas encore prise réellement) de faire payer davantage les gros consommateurs pourrait soutenir les investissements futurs de l’entreprise Sonelgaz et les encourager à diminuer leur consommation énergétique. Cela est possible mais reste à confirmer aussi sur le terrain. Durant les années 2000, d’importantes campagnes de sensibilisation en faveur de la sobriété énergétique ont été organisées mais sans résultat probant. Il en est de même pour le recouvrement des factures détenues auprès des abonnés, parmi lesquels les mauvais payeurs ne sont pas souvent ceux que l’on croit. Les créances détenues par Sonelgaz sont à hauteur de 52 % par les clients institutionnels (administrations et autres), 43 % par les particuliers et 5% par les industriels. Selon des observateurs, le programme de désenclavement des zones d’ombre, en particulier celui concernant les territoires éloignés des centres urbains, devrait voir l’engagement du ministère de la Transition énergétique et la mise en place de dispositifs d’équipements en relation avec l’énergie solaire et renouvelable d’une manière générale. Le hic est que ce ministère, dirigé aujourd’hui par le professeur Chems Eddine Chitour, un convaincu de l’alternative au fossile, commence à peine à s’installer et aura besoin de beaucoup de temps pour peser dans les politiques de développement socio-économique.