Le développement des zones d’ombre et le bilan des walis ont pris, une nouvelle fois, une bonne place lors du dernier Conseil des ministres tenu avant-hier. Le président Tebboune n’a pas caché son insatisfaction quand il s’est adressé au ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales dans ce qui s’apparente à un rappel du «contrat de performance» que les walis ne semblent pas avoir honoré, ce qui les met davantage sur un siège éjectable.

Cela peut être lu comme un prélude à de nouveaux changements dans le corps des walis dans les prochaines semaines, alors qu’une troisième rencontre gouvernement-walis est déjà à l’ordre du jour et dont la programmation n’a été retardée que par le séjour médical de Tebboune à l’étranger.
Cette insatisfaction est à inscrire également dans le bilan plus que mitigé que le premier magistrat du pays établit sur le travail accompli par les membres du gouvernement pendant une année d’exercice et dont le glas semble sonner pour beaucoup d’entre eux. «Le Président Tebboune a exprimé son mécontentement de la gestion par certains walis des zones d’ombre, insistant sur l’impératif de faire la distinction entre les différents programmes de développement local», est-il indiqué dans le communiqué qui a sanctionné les travaux de la réunion du Conseil des ministres, la première depuis le retour du chef de l’Etat. Ce dernier a mis en garde, a ajouté la même source, contre «la poursuite du phénomène d’approvisionnement en eau par les méthodes rudimentaires, une tragédie dont des enfants sont victimes». Cette mise en garde présidentielle intervient, alors qu’un 3e round des réunions gouvernement-walis a été annoncé récemment par le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, qui a souligné que ce rendez-vous servira à établir un «bilan sur les zones d’ombre». Et si l’on ignore pour le moment si cette rencontre aura lieu avec le gouvernement en place et les walis en poste, il ne fait point de doute désormais que le développement des zones d’ombre constitue plus que jamais un baromètre de la gestion locale, élevée au rang de priorité nationale.
On se rappelle, dans ce sens, que deux rencontres ont eu lieu, la première au mois de février et la seconde au mois d’août, sanctionnées par la proposition portant création d’un mécanisme placé sous l’autorité du wali pour le suivi de la mise en œuvre des projets et la mise en place d’une stratégie de développement de ces régions dans le cadre de la stratégie nationale de tous les secteurs. M. Djerad, à cette occasion, a haussé le ton en exigeant «un calendrier précis» pour la réalisation des projets inscrits, faisant part de son souhait de passer à des évaluations mensuelles pour atteindre les objectifs dans les délais fixés.
«Un calendrier sera arrêté avec le ministère de l’Intérieur et les autres départements ministériels pour une évaluation mensuelle de ce qui a été réalisé», avait déclaré M. Djerad. Il n’a pas manqué l’occasion de «bousculer» les walis en relevant que «ce qui a été réalisé depuis la dernière réunion Gouvernement-walis, tenue en février dernier, ne représente que 10% à 20% seulement au lieu des 50%, voire 60%, attendus». Mettant les walis devant leurs responsabilités, le chef de l’Exécutif leur a signifié que «le programme élaboré dans ce cadre doit porter ses fruits d’ici la fin de l’année en cours», regrettant également que les programmes de rattrapage dans les zones d’ombre accusent un «retard notable dans leur mise en œuvre».
Quel discours tiendra-t-il après une année d’exercice où les signes de défaillances ne manquent pas ? Ce qui est certain, c’est que la gouvernance des walis passe au peigne fin des politiques et que leur maintien en poste dépend de leurs bilans en matière de réponse qu’ils apportent au plus de 15 000 zones d’ombre où vivent près de 9 millions de personnes.