Par Matthieu DEMEESTERE
Le taux d’inflation dans la zone euro a atteint un niveau record en novembre, à 4,9% sur un an, toujours propulsé par des prix de l’énergie en hausse constante, au-delà des prévisions des analystes. Jamais Eurostat n’avait enregistré un tel chiffre d’inflation depuis le début de ses estimations, il y a plus de vingt ans, selon une porte-parole jointe par l’AFP mardi, après la publication de cette première estimation mensuelle. En octobre, le taux d’inflation dans les 19 pays ayant adopté la monnaie unique avait déjà bondi à 4,1% en glissement annuel, au plus haut depuis juillet 2008. La progression à 4,9% ce mois-ci a dépassé les attentes des analystes qui tablaient en moyenne sur 4,5%. Cette tendance à la hausse devrait encore durer plusieurs mois, a commenté Jack Allen-Reynolds, de Capital Economics, relevant que l’«inflation de base» –hors énergie, alimentation, alcools et tabac– a atteint un taux record de 2,6%. Depuis juin, l’inflation a progressé chaque mois en zone euro: elle avait atteint 3% en août, toujours en glissement annuel, avant de grimper à 3,4% en septembre. Une nouvelle fois, les prix à la consommation ont été propulsés par la flambée du coût de l’énergie. «L’énergie devrait connaître le taux annuel le plus élevé en novembre (+27,4%, comparé à 23,7% en octobre)», a précisé mardi Eurostat dans un communiqué. Parmi les autres composantes de l’inflation dans la zone euro sont cités le secteur des services (2,7%, comparé à 2,1% en octobre), celui des biens industriels hors énergie (+2,4%, contre 2,0% en octobre) puis l’alimentation, alcool et tabac (2,2%, après 1,9% en octobre).
«Pic en novembre»
En Allemagne, première économie de la zone euro, l’inflation a culminé à plus de 5% en novembre sur un an (5,2% après 4,5% en octobre), selon l’office national des statistiques Destatis. L’indice des prix harmonisé, qui sert de référence au niveau européen, a lui affiché une hausse de 6% sur un an, atomisant l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE) d’une inflation à 2% dans la zone euro. D’après les chiffres d’Eurostat, le taux d’inflation sur un an, particulièrement élevé dans les trois pays baltes (à 7,4% ou au-delà), est également supérieur à la moyenne de la zone euro en Belgique (7,1%), en Espagne (5,6%) et aux Pays-Bas (5,6%). En France et en Italie il s’affiche, toujours pour novembre, à respectivement 3,4 et 4,0%. «Pour l’avenir, le variant Omicron (du coronavirus) devrait avoir un impact mitigé sur l’inflation», estime M. Allen-Reynolds. «Les prix du pétrole vont baisser, réduisant l’inflation énergétique, mais si le variant exacerbe les déséquilibres mondiaux entre l’offre et la demande, l’inflation des biens pourrait être plus élevée pendant plus longtemps», a ajouté l’économiste. La BCE, comme d’autres banques centrales, fait actuellement face à un dilemme : comment contenir une inflation qui accélère sans étouffer une croissance atone ? Sa présidente Christine Lagarde a laissé entendre ce week-end que le moment d’une intervention n’était pas encore venu, même si la poussée actuelle d’inflation est plus durable que prévu. Selon ses explications dans un journal allemand, l’activité économique souffre d’une «inflation largement tirée par les contraintes d’approvisionnement et les prix de l’énergie», autrement dit des domaines où la BCE est impuissante pour agir. Ces effets devraient s’estomper l’an prochain, avec comme conséquence un nouveau ralentissement des prix. En Allemagne, «le pic de développement de l’inflation sera atteint en novembre», avait estimé lundi Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE. n