Ce qui était une tendance en début d’année, voire bien avant, est devenue une réalité aujourd’hui : l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange entre l’Algérie et l’Union européenne sera différée à une date ultérieure à la demande algérienne.
A quelle échéance ? Tout dépendra des négociations qui s’annoncent longues et complexes entre les deux parties. C’est en tout cas ce que laisse entendre la partie algérienne par sa décision de se contenter pour l’instant d’une demande d’ajournement orale.
En retardant sa demande formelle de décaler son entrée en zone de libre-échange avec la puissante économie européenne, l’Algérie semble privilégier une démarche de « testing ». Celle-ci consiste à sonder d’abord la réaction de Bruxelles à son initiative de vouloir repousser pour de nouveaux délais l’ouverture totale de son marché aux produits de l’UE. Et de se préparer ensuite aux négociations en fonction de l’accueil et de la position qu’auront les Européens certainement peu enthousiastes à négocier à nouveau une partie capitale de l’accord d’association avec l’Algérie au début de la décennie 2000 et voir à nouveau s’éloigner la perspective d’ouverture d’un marché algérien de plus en plus convoité par des pays et des opérateurs hors UE.
Pour rappel, les pays des 27 ont déjà fait la grimace depuis la décision de l’Algérie de réduire, au lendemain de la crise des prix pétroliers, ses importations pour atténuer son impact sur les fondamentaux de son économie. Il est donc certain qu’ils négocieront avec ce même esprit et la recherche de marges les plus avantageuses. Cependant, il n’est pas sûr non plus qu’ils y parviennent totalement. En effet, les négociateurs euro-bruxellois savent bien dans quelle situation de grave turbulence se trouve notre économie et combien il lui sera difficile de soutenir les déséquilibres qu’engendrerait le passage immédiat à la zone de libre-échange et la levée des barrières tarifaires et douanières. Ils savent surtout quels risques ils prendraient s’ils avaient à considérer la logique économique comme la seule à faire valoir face à l’Algérie en tant que partenaire clé pour les questions tout aussi sensibles pour l’Europe que celles de l’énergie, la sécurité et ses enjeux multidimensionnels.
Négociations difficiles, donc, mais pas insurmontables. Cela ne fera toutefois pas oublier qu’après des décennies de déclarations et d’annonces de réforme, l’outil économique national n’est malheureusement toujours pas au niveau de développement et de performance promis.