En prévision de l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), le 1er janvier prochain, Abdelamadjid Tebboune a abordé ce dossier lors du Conseil des ministres tenu dimanche, en donnant des instructions aux responsables concernés pour s’assurer de l’origine africaine des biens et marchandises en circulation dans cette zone qui viendra s’ajouter aux espaces d’échanges commerciaux que compte le commerce extérieur du pays.
« Le président de la République a donné des orientations aux ministres concernés, sous la supervision du Premier ministre, à l’effet de tirer avantage des expériences de libre échange qu’a connues l’Algérie avec les autres ensembles régionaux, en vue de s’assurer de l’origine africaine des biens et marchandises en circulation dans la zone de libre-échange », indique à ce propos un communiqué de la Présidence.
En guise de rappel, M. Tebboune a souligné que le taux d’intégration de ces biens et marchandises « ne doit pas être inférieur à 50%, pour qu’ils ne s’infiltrent pas dans le marché national, au détriment de la production locale, des produits fabriqués en dehors du continent africain », ajoute la même source.
Cette démarche vise à faire de la Zlecaf une zone commerciale dédiée en premier lieu au produit africain et à sa promotion à travers le continent. Dans cette perspective, les opérateurs économiques algériens auront droit, dès le début de l’année prochaine, d’accéder aux marchés africains et de tirer profit des efforts déployés par l’Etat en matière de renforcement de l’infrastructure de base du Continent, aussi bien à travers la route transsaharienne que par la modernisation du réseau ferroviaire, mais également du projet du port de centre d’El Hamdania. Ce qui devrait alors booster les échanges hors-hydrocarbures avec les pays du Continent, qui ne dépassent pas actuellement les 3%.
La ratification par l’Algérie de l’accord sur la Zlecaf, en décembre 2019, lui permettra « de participer d’une manière active aux négociations, en tant qu’Etat-partie, aux questions relatives à l’opérationnalisation de cette zone de libre-échange, notamment les questions qui restent en suspens relatives aux règles d’origine et à l’accès au marché des services », avait expliqué le ministère du Commerce à la même période. Ajoutant que cette ratification permettra également au pays de siéger au Conseil des ministres de la Zlecaf qui est l’organe en charge de la mise en œuvre des différents textes et de la préparation de la deuxième phase des négociations qui traitera de la propriété intellectuelle, de la concurrence et de l’investissement. C’est donc en comptant sur ce statut d’Etat-partie que les ministres instruits par le président de la République pourront mener leur mission.
Pour rappel, l’entrée en vigueur de la Zlecaf devait avoir lieu en juillet dernier, mais elle a été reportée au 1er janvier prochain pour cause de Covid-19 qui a poussé à la fermeture des frontières entre les pays du continent, mais aussi parce que les négociations patinent toujours.
Avec les 54 pays qu’elle compte officiellement parmi les 55 pays africains (l’Erythrée n’a pas signé l’accord), cette zone est appelée à devenir l’espace commercial le plus peuplé au monde, avec 1,2 milliard d’habitants et un PIB cumulé de 2 500 milliards de dollars. Elle a été lancée en juillet 2019 au Sommet de l’Union africaine de Niamey, en présence de 32 chefs d’Etat, une centaine de ministres et 4 500 délégués, avec l’objectif ambitieux de faire progresser rapidement les échanges intra-africains pour doper les économies du continent le moins développé.
Actuellement, le commerce intra-africain ne représente que 15% des échanges totaux du continent, contre 70% pour l’Union européenne. Or, nombreuses sont les institutions et organismes concernés qui s’accordent à dire que la Zlecaf est une opportunité en or pour l’Afrique. Sa mise en œuvre telle que perçue dans l’Accord entre les pays africains serait « une véritable occasion de stimuler la croissance, de réduire la pauvreté et d’élargir l’inclusion économique dans cette région», a estimé la Banque mondiale dans son dernier rapport, publié début août dernier
Cet accord commercial «pourrait accroître le revenu régional de 7 % – soit 450 milliards de dollars –, accélérer l’augmentation de la rémunération des femmes et sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté d’ici 2035», note la Banque mondiale. Mieux encore, la Zlecaf concrétisée en harmonie avec l’accord qui lui a donné naissance permettrait d’amortir les pertes causées à l’économie africaine par la pandémie de Covid-19, ajoute la BM.
«La libéralisation des tarifs douaniers, de même que la réduction des barrières non tarifaires comme les quotas et les règles d’origine, permettraient d’augmenter les revenus de 2,4%, soit environ 153 milliards de dollars», estime encore la même source, ajoutant que les 292 milliards de dollars restants proviendraient de mesures de facilitation du commerce qui limitent les formalités administratives, abaissent les coûts de mise en conformité pour les sociétés commerciales et facilitent l’intégration des entreprises africaines dans les chaînes logistiques mondiales. n