La secrétaire générale du Parti des Travailleurs (PT), Louisa Hanoune, a commenté hier les récentes déclarations du Directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce, Khaled Bouchelaghem, à propos du «démantèlement total» des taxes douanières avec l’UE. Une décision qui remonte au mois de septembre et entre dans le cadre de l’instauration de la zone de libre-échange UE-Algérie, mais que la première responsable du PT juge être un «danger» pour l’économie algérienne.

Une économie d’autant plus fragile que la gestion de la crise du coronavirus a impacté «totalement ou partiellement» près de «6,5 millions d’emplois». La responsable du PT, très critique, tout au long de son intervention, retransmise hier sur la page officielle du parti (média-social Facebook), dénonce : «Nous avons vu à travers les décisions illégitimes qui ont été prises, comme la loi sur les hydrocarbures, loi de finances 2020 ou encore la politique d’austérité que la même politique continue, la généralisation de la corruption et la prédation de l’argent public et de la propriété collective.»
En ce sens, tout en relevant les incohérences des déclarations des responsables, rappelant qu’en «septembre dernier, ce même gouvernement reconnaissait le caractère injuste de cet accord (…) et qu’il avait demandé une relecture de ses termes», Louisa Hanoune fait savoir que le choc sur l’économie nationale sera insurmontable pour la plupart des entreprises algériennes, incapables de rivaliser avec leurs concurrentes européennes : «On nous annonce que la zone de libre-échange est entrée en application depuis septembre 2020, c’est-à-dire que les droits de douane ont été totalement démantelés pour les produits de l’UE. Ce responsable (Khaled Bouchelaghem) nous explique avec cynisme que cet accord va permettre aux entreprises algériennes d’augmenter leur compétitivité face aux produits de l’UE. Mais que reste-il des produits algériens ? Qu’avez-vous fait de l’économie ?»
Ainsi, pour la secrétaire générale du PT, il s’agit aujourd’hui, avec «l’entrée surprise de cet accord», de répondre à une situation économique, présentée «déjà» comme totalement défavorable pour l’Algérie : «Pour chaque dollar exporté, l’Algérie importe 20 dollars. Depuis le début du processus, en 2005, les importations ont explosé. En 2005, l’Algérie importait de l’UE 11,2 milliards de dollars puis, 20,8 milliards en 2009. Et en 2011, ce chiffre a dépassé les 50 milliards». Ainsi l’évolution de la balance, enregistrée ces quinze dernières années, reste le principal motif d’inquiétude pour Louisa Hanoune. Elle prédit en ce sens la perte annuelle de 3,5 milliards de dollars : «Le démantèlement des barrières douanières a causé la perte de 147 milliards de dollars depuis le début de ce processus en 2005. L’entrée en vigueur de la zone de libre-échange va causer annuellement la perte de 3,5 milliards de dollars au Trésor public.»
Quant à la «contrepartie», des investissements directs, ils ne seraient que de vaines «promesses». «Les dernières années nous ont montré que malgré tous les avantages, les investissements ont été quasi-inexistants en dehors des hydrocarbures». La solution pour le PT est donc de demander le sortie immédiate de l’accord. «Nous avons dit dès le début que la solution n’est pas de renégocier cet accord avec l’UE, la solution est d’en sortir en invoquant l’article 107. Chaque pays a le droit à la souveraineté». Une solution qui consisterait par ailleurs à privilégier les accords bilatéraux en fonction des «intérêts» ; «une sortie ne signifie par l’autarcie. Nous avons déjà des relations avec tous les pays». A propos de la gestion du gouvernement de la crise du coronavirus, Louisa Hanoune a précisé hier que les conséquences se font déjà sentir sur des millions d’emplois : «Dès les premiers mois, le ministre du Travail a reconnu la perte de 50 000 postes d’emploi, et c’était encore un chiffre partiel. Imaginons ce qu’il en est aujourd’hui. Les chiffres auxquels nous sommes arrivés en réunissant les études non réfutées, est 6,5 millions d’emplois touchés, intégralement ou partiellement». Et la cause principale de cette situation serait, en plus de la pandémie, la mauvaise gestion du gouvernement : «Le gouvernement aurait dû fournir gratuitement des moyens de protection, des tests, au lieu de cela il a eu recours à la solution de facilité (…) Il a tout fermé, détruit l’économie et instrumentalisé la Covid pour porter atteinte aux droits démocratiques». Louisa Hanoune explique, par ailleurs, mais sans donner sa source, qu’une nouvelle étude prouverait l’inefficacité du confinement : «Maintenant, nous avons une étude scientifique qui a concerné 90 pays. La conclusion est que le confinement ne sert à rien dans l’arrêt de la progression de la pandémie.»