Les représentants des 28 pays signataires de l’accord de libre-échange continental africain (Zlecaf), réunis hier à Alger à l’occasion d’une conférence nationale sur la Zlecaf, se rejoignent dans l’idée, qu’aux vues des enjeux économiques mondiaux, le salut des pays africains réside en grande partie dans l’intensification des relations commerciales.

Dans cette optique, ils jugent à l’unanimité que la mise en œuvre de la zone de libre-échange lancée officiellement en juillet dernier doit s’accélérer. Autrement dit, vite dépasser de manière significative les volumes d’échanges actuels, selon l’état des lieux établi hier par le ministre du Commerce Saïd Djellab, lors de son discours inaugural. Ce dernier, qui présidait la conférence en compagnie de Albert Muchanga, commissaire au commerce et à l’industrie de l’Union Africaine, a donné quelques indices révélateurs que partagent les états membres. Selon le ministre, « le volume du commerce intra-africain demeure très en deçà de nos attentes ». Les études économiques actuelles, a-t-il révélé, attestent un faible taux des échanges commerciaux intra-africains. « Elles ne dépassent pas les 15% soit 2% du commerce mondial », a-t-il précisé. Pour autant, Saïd Djellab se montre optimiste. Il indique qu’« il y a un défi à relever » en multipliant les échanges et les hisser à des niveaux proportionnels aux atouts économiques et commerciaux du continent. « C’est à notre portée dès lors que la marge de progression est estimée à 35 milliards de dollars, soit un accroissement de 52% du commerce africain. » En ce qui concerne les accords inter-africains pour la concrétisation de la zone de libre-échange, le ministre algérien a indiqué que la première phase des négociations, qui comprend l’accès aux marchés des marchandises et des services, arrive à son terme avec à la clé un démantèlement tarifaire de 90%, dont l’entrée en vigueur est prévue à partir du mois de juillet 2020 et s’étalera sur une période de 5 ans pour les pays non PMA ( pays moins avancés) économiquement et 10 ans pour les PMA. Concernant la phase 2 des négociations, il a expliqué qu’elle va se pencher sur les aspects liés aux investissements, aux droits de propriété intellectuelle et à la concurrence. « Ces négociations devraient se tenir tout au long de l’année 2020 », a-t-il annoncé.
Mise en place de zones économiques spéciales
Le ministre a par ailleurs fait savoir que l’Algérie planifie la création de zones économiques spéciales dans les espaces frontaliers de son Grand-Sud « pour parvenir à une meilleure intégration économique avec le reste du continent africain», a-t-il avancé. Ajoutant dans ce sens que le but recherché à travers cette initiative « c’est de mettre en valeur la diversification du tissu industriel national. Le gouvernement algérien prévoit la mise en place de zones économiques spéciales dans les espaces frontaliers du Grand-Sud algérien pour faire de ces régions un point d’intégration économique ».
M. Djellab a insisté devant l’assistance que le gouvernement algérien s’est engagé solennellement, lors de la tenue du dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, le 7 juillet 2019, à Niamey (Niger), pour entamer le processus de ratification de l’accord Zlecaf, « un choix stratégique » pour l’Algérie, a-t-il dit. De son côté, Albert Muchanga s’est félicité, dans son discours, de l’agenda adopté par les pays signataires de l’accord. « C’est une preuve que le processus d’intégration africaine est en marche. Et que la décision de créer un vaste marché fait l’unanimité », a-t-il indiqué. Interrogé lors d’un point de presse, en marge de la conférence, sur les voies et moyens à mettre en œuvre pour rendre les échanges plus volumineux, Saïd Djellab a indiqué : « Jusqu’ici, nous avons levé plusieurs obstacles mais celui relatif à la sécurité dans certaines zones de cheminements des marchandises se pose encore avec acuité. » Sur la question du rôle que peut jouer l’Algérie dans le but de booster la Zlecaf, le ministre a expliqué : « De par sa vocation de carrefour d’échanges économiques régional, son rôle consiste à faire bénéficier les pays du Sud de cet atout. » <