Le ministre des Moudjahidine, Tayeb Zitouni, s’est engagé, hier, à Oum El Bouaghi, pour que «l’avant-première du film dédié à Larbi Ben M’hidi ait lieu dans sa wilaya natale». Sans donner de date, il a également eu des propos qui ne manqueront pas d’être commentés : le film, déjà en boîte depuis longtemps, est «en phase de finalisation», a-t-il ajouté sur un ton surprenant.

Une annonce qui intervient à une date anniversaire et qui marque un nouveau rebondissement dans le feuilleton du long métrage consacré à l’un des symboles de la révolution algérienne, assassiné dans la nuit du 4 mars 1957 par des soldats de l’armée coloniale française.
Ce long métrage, biopic du héros de la guerre de libération nationale, est très attendu par le public depuis des années, toutefois, il a été au centre d’une vive polémique dans les derniers mois de l’année 2018.
Le ministre des Moudjahidine a souligné, hier, à ce sujet que «l’œuvre cinématographique a été au centre d’intenses débats» dans une déclaration à la presse au douar Kouahi à Aïn M’lila, région natale de Larbi Ben M’hidi, au cours de sa deuxième journée de travail à l’occasion de la commémoration du 63e anniversaire de sa mort. Tayeb Zitouni a également fait savoir que «les membres du comité de lecture du film ainsi que le conseil scientifique se sont récemment réunis avec le réalisateur pour se mettre définitivement d’accord à son sujet».
Pour rappel, le film réalisé par Bachir Derrais, dont le tournage avait débuté en 2015, était au centre d’un bras de fer entre la commission de visionnage et le réalisateur, ce qui a mené à une impasse empêchant la diffusion du film. Au-delà des difficultés financières, coproduit à 70% par des fonds publics alloués par le ministère de la Culture et celui des Moudjahiddine, qui avait retardé sa présentation lors de la célébration du 60e anniversaire de la commémoration de la mort du martyr soit en mars 2017, c’est vers la fin de l’année 2018 que le long métrage se retrouve otage d’un dialogue de sourds entre les deux parties impliquées.

Bras de fer et visions divergentes sur la Révolution
Tout a commencé avec une correspondance de la commission de visionnage lecture que le réalisateur reçoit le 2 septembre 2018. Le film a été, selon lui, soumis à la commission de visionnage composée de représentants des ministères de la Culture et des Moudjahidine, qui avaient émis des réserves sur certaines scènes du film et avaient de facto interdit la projection du film, tant que le réalisateur ne changeait pas les scènes impliquées et qui ne cadraient avec le scénario initial.
Selon, différentes déclarations, parmi les scènes impliquées, il y avait notamment celle montrant le différend entre Larbi Ben M’hidi et Ahmed Ben Bella qui serait à l’origine de l’objection des autorités. S’exprimant sur le sujet, le directeur du Centre de recherche sur le mouvement national et la révolution, Djamel Eddine Miâadi, est intervenu pour affirmer que ces réserves s’inscrivent dans le cadre d’une «procédure réglementaire tout à fait ordinaire et en adéquation avec les lois régissant la production cinématographique». Ce film, avait-il expliqué, «avait reçu des réserves et des observations de la part d’une commission de visionnage, composée d’experts et d’historiens». «Le réalisateur doit prendre en considération, en vertu de la loi sur le cinéma et du contrat liant les deux parties, ces réserves».
Réfutant les réserves de la commission, Bachir Derrais avait toutefois, toujours sur sa page officielle, dénoncé encore une fois le fait que son film sur Larbi Ben M’hidi «a été et reste frappé par une double censure, économique et historique». Il explique au sujet de la censure économique, qu’«un certain nombre de sponsors étatiques confirment avoir reçu des instructions d’en haut pour ne pas honorer les contrats qu’ils ont signés avec ma société et comme vous le savez l’affaire est en justice». Concernant le volet historique, le réalisateur avait souligné qu’il refusait qu’on lui impose un point de vue sur une œuvre fictionnelle, où on lui reproche le fait que l’aspect politique a parfois trop été privilégié, au détriment de la lutte armée et surtout que le réalisateur a mis l’accent mis sur les dissensions internes entre chefs du Front de libération nationale (FLN).
Dans l’une de ces dernières déclarations, dans le magazine Jeune Afrique, en janvier 2019, le réalisateur, avait confié que «le 2 décembre 2018, il avait organisé une dernière projection avec les membres de la commission de visionnage du ministère des Moudjahidine. Ils m’ont dit qu’ils n’étaient pas d’accord avec la version du film que j’avais remontée suite aux remarques qu’ils avaient formulées lors de la première projection. Ils estiment que je n’ai pas apporté de grandes modifications par rapport à leurs recommandations». Il avait ajouté qu’«en tant que réalisateur, je ne sais pas quoi apporter de nouveau. J’ai une notification verbale que mon film est interdit. J’attends une notification écrite qui me signifie l’interdiction. Et comme je ne veux plus retourner le film, nous sommes arrivés à une impasse.»
Apparemment, selon les déclarations faites par le ministre des Moudjahidine, hier, un consensus aurait été trouvé entre les différentes parties impliquées et les Algériens pourront enfin découvrir le film sur ce héros de la guerre de la libération nationale adulé par la jeune génération. Pour le moment, Bachir Derrais qui est très réactif sur sa page officielle, où il commente l’actualité sociopolitique nationale, n’a fait, au moment où nous mettions sous presse, aucun commentaire sur les déclarations de Tayeb Zetouni.