Entre 2015 et 2020, le photographe-reporter Zinedine Zebar a documenté les travaux de réalisation de la Grande mosquée d’Alger en se rendant sur le chantier et en prenant des centaines de photos à l’intérieur et à l’extérieur. Pendant cinq ans, il a suivi attentivement son évolution en regardant travailler les ouvriers et les maçons chinois qui, pierre par pierre, ont donné corps à ce qui va rester pendant longtemps sans doute le plus grand édifice religieux musulman jamais construit en Algérie.
Entretien réalisé par Salim Benour

Reporters : Depuis des années, inlassablement, vous photographiez la Grande mosquée d’Alger depuis les premières fondations pratiques à ce jour. D’où vous est venu cet intérêt pour l’édifice religieux ?
Zinedine Zebar : Pour un photographe de l’évènement comme moi, je ne pouvais pas ne pas m’intéresser à la Grande mosquée d’Alger. Avant même que je ne décide de travailler dessus, je m’intéressais à son sujet en raison de la polémique qu’elle avait suscitée au moment de l’annonce du projet. Après, en regardant la maquette et en voyant que le projet était devenu d’importance nationale, pas seulement au plan religieux, j’ai décidé d’échafauder un plan de travail pour capter la naissance et l’évolution de la mosquée. Je devais choisir entre l’esthétique et l’information, j’ai davantage travaillé sur l’information même si je n’ai pas négligé les photos artistiques que j’espère exposer un jour à l’intérieur même de la mosquée ou ailleurs dans un lieu approprié.

A quel moment précis avez-vous commencé à travailler sur le projet sans discontinuité ?
J’ai pris le chantier en route, car en 2015, beaucoup de choses étaient déjà faites par les Chinois. Cela dit, les travaux déjà réalisés concernaient les fondations et tout ce qui est encore souterrain. Quand j’ai commencé à travailler sur la mosquée, les piliers montaient encore et l’ensemble du site était encore vraiment un chantier. Le projet s’est accéléré sous mes yeux si je puis dire et je l’ai vu prendre forme. Les centaines de clichés que j’ai réalisés témoignent de cette évolution vers la consistance et comment le site commençait déjà à marquer l’ensemble du paysage de la baie d’Alger. C’est surprenant comment un édifice peut modifier complètement des lieux qu’on croyait inchangeables.

En dehors du monumental, qu’est-ce qui vous a le plus intéressé dans cette grande mosquée ?
Je m’intéressais à tout. Dès l’entrée du chantier, j’avais la fièvre de photographier et de capter tous les mouvements matériels et humains à l’intérieur du chantier. Les restrictions de sécurité et le fait de ne pas gêner les travaux dans certains endroits particuliers, comme la coupole, ne m’ont pas permis de faire certaines photos. Quand des gens travaillent dans un chantier où la sécurité est un impératif, vous ne pouvez pas vous déplacer comme vous voulez. On fait la grimace et on passe son chemin, avec la compensation que vous n’avez pas raté grand-chose au point de vue de l’information photographique. Les photos aériennes que j’ai prises à différents moments du chantier ont été pour moi un moment professionnel et de plaisir intense. Je remercie l’Unité aérienne de la Sûreté nationale (UASN) pour m’avoir permis de prendre place parmi ses équipes héliportées et de m’avoir aidé à prendre les clichés que je voulais. Vue d’en haut et de près, la mosquée est encore plus impressionnante. On réalise ce que c’est comme prouesse architecturale et technologique même s’il existe dans le monde des constructions qui défient l’imagination que l’on a de l’art de bâtir. Pour vous dire, j’ai encore faim de ces prises aériennes que j’aimerai refaire parce qu’il y a toujours quelque chose à découvrir en fonction de la lumière, de la couleur du ciel, du temps qu’il fait.

Continuerez-vous à travailler sur la Grande mosquée ?
J’irai aujourd’hui regarder ce qui se passer durant l’inauguration de la salle de prière et d’observer comment se déroulera cette cérémonie qui restera dans l’histoire religieuse et architecturale du pays. J’irai aussi vendredi pour assister à la prière hebdomadaire, car cela me permettra de compléter mon travail en m’intéressant cette fois à l’humain, aux premiers instants où l’édifice religieux sera fréquenté par les premiers fidèles qui l’aborderont.