Le Zimbabwe s’apprête à tenir ses premières élections de l’ère post-Mugabe. Le pays connaîtra, en effet, le 30 juillet prochain son premier vote présidentiel et législatif. La date de ce double scrutin a été annoncée et fixée au Journal officiel, hier.

Un éventuel second tour de la présidentielle a été programmé le 8 septembre prochain. Il se tiendra si aucun candidat ne parvient à obtenir la majorité absolue dès le premier tour. Pour l’heure, le favori est l’ancien vice-Président du pays Emmerson Mnangagwa, 75 ans. Après une période de disgrâce, c’est lui qui a succédé, en novembre dernier, à Robert Mugabe, 94 ans, contraint à la démission par un coup de force de l’armée et de son parti, après avoir régné sans partage sur le pays depuis son Indépendance en 1980. Sitôt le «camarade Bob» et son ambitieuse épouse Grace poussés vers la sortie, leur parti, la Zanu-PF, a investi M. Mnangagwa pour porter ses couleurs à la présidentielle, rappellent les agences de presse. Sauf énorme surprise, il devrait l’emporter et, probablement, dès le premier tour, face à une opposition orpheline de son chef historique Morgan Tsvangirai, décédé en février. «Nous avons une énorme tâche devant nous. Celle de mobiliser la population et de faire campagne», a lancé M. Mnangagwa hier devant les cadres de la Zanu-PF. «Quels que soient nos problèmes, nous devons désormais nous concentrer sur les prochaines élections», a-t-il ajouté. Son principal rival sera le nouveau patron du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), Nelson Chamisa, dont la formation est affaiblie par de profondes rivalités depuis la mort de Morgan Tsvangirai. «Nous sommes prêts au combat, nous savons que nous allons gagner», a déclaré à l’AFP le porte-parole du parti, Douglas Mwonzora, en insistant sur la nécessité d’une surveillance indépendante de la régularité du scrutin. L’opposition, qui compte rallier les électeurs qui ont quitté le régime autoritaire pour l’étranger, a subi un revers lundi dernier, la Cour constitutionnelle ayant décidé que les non-résidents ne pourraient voter qu’en se déplaçant au Zimbabwe. Plusieurs autres candidats, représentants de petits partis, ont aussi prévu de briguer la fonction suprême.

Des élections-test
Pour les observateurs, ces élections constituent un test pour le nouvel homme fort du pays, qui s’est engagé à relancer son économie engluée dans une profonde crise depuis une dizaine d’années. Mais six mois après son accession au pouvoir, le pays se débat toujours avec un taux de chômage exorbitant (proche de 90%) et souffre d’une grave pénurie de liquidités. Les Zimbabwéens doivent toujours faire la queue des heures devant les banques pour obtenir quelques dizaines de dollars.
Le nouveau régime, qui tente de renouer avec l’Occident après des années de mise à l’écart, a invité notamment l’Union européenne (UE) et le Commonwealth à observer les élections de 2018. L’UE a répondu par la positive et y enverra, pour la première fois en seize ans, des observateurs. Le Commonwealth fera de même. En 2002, le chef de la mission d’observation de l’UE avait été expulsé. Dans la foulée, Bruxelles avait adopté des sanctions contre Robert Mugabe et nombre de ses proches, accusant le régime d’atteintes aux droits humains. Les Nations unies se sont aussi récemment engagées à aider à la préparation des élections.  Une organisation sans accroc des élections pourrait permettre au Zimbabwe de regagner la confiance des investisseurs et de la communauté internationale, alors que le pays est aux abois économiquement et financièrement. 5,4 millions d’électeurs sont inscrits sur les listes électorales. Les inscriptions ont été récemment clôturées. Pour la première fois, le Zimbabwe a eu recours à l’inscription biométrique, avec enregistrement des empreintes digitales et reconnaissance faciale.