La bourse du Zimbabwe a suspendu lundi ses opérations en raison de spéculations qui, selon le gouvernement, ont précipité la chute de la devise nationale, nouvel épisode de l’interminable dégringolade de l’économie du pays.

Par Fanuel JONGWE
«En attendant de nouvelles consignes de notre autorité de régulation, nous informons les opérateurs que les échanges ont été suspendus jusqu’à nouvel ordre», a annoncé le patron du Zimbabwe Stock Exchange (ZSE), Justin Bgoni, dans un communiqué. Le Zimbabwe est englué depuis le début des années 2000 dans une grave crise économique et financière. Après un relatif répit il y a une décennie, la situation a de nouveau empiré depuis deux ans, avec le retour des pénuries en tout genre (liquidités, carburants, denrées de base, électricité…), sur fond d’inflation galopante et de dépréciation du dollar zimbabwéen. Vendredi, le gouvernement avait annoncé des mesures pour «faire face aux malversations, à la criminalité et au sabotage économique», dont la suspension des transactions boursières et par téléphone portable. Son secrétaire à l’Information Nick Mangwana a notamment mis en cause un «marché noir florissant des devises» qui a fait chuter, selon lui, la valeur du dollar zimbabwéen par rapport au dollar américain. Le taux de change du billet vert par rapport à la devise locale, officiellement fixé à 57 dollars zimbabwéens, a dévissé jusqu’à 100 à cause de ces pratiques, selon M. Mangwana. Le gouvernement «dispose d’informations irréfutables (selon lesquelles) le système de transactions par téléphone participe délibérément ou fortuitement, avec l’aide de la bourse du Zimbabwe, à des activités qui sabotent l’économie», avait ajouté le responsable. Ces spéculations «nourrissent la hausse des prix des biens et services qui perturbe l’économie et cause des difficultés au peuple du Zimbabwe», a accusé M. Mangawna. Les autorités «veulent désormais identifier ceux qui ont réaliser ces opérations», a commenté pour l’AFP l’économiste Daniel Dhlela, du cabinet Zimconsult, suggérant des complicités haut placées. La suspension des échanges à la Bourse a été accueillie avec inquiétude par les analystes.

«Rouvrir rapidement»
«C’est un coup de plus porté à l’économie dont personne ne peut prédire les conséquences à long terme», a souligné le Pr Tony Hawkins, économiste à l’université du Zimbabwe, «ça va causer de l’incertitude et affecter négativement la confiance des investisseurs». «Ne pas ouvrir la bourse est dangereux, ils doivent la rouvrir rapidement», a souligné M. Dhlela. La suspension des transactions par téléphone, devenues le principal moyen de paiement dans les commerces en raison de la rareté des liquidités, a suscité de commentaires partagés lundi dans les rues de la capirale. Les agents qui vivaient de ces services «vont se retrouver sans source de revenu», a noté à l’AFP un résident de Harare, Beavan Chirime. «Nous, les gens ordinaires n’avons rien à perdre» avec cette suspension, a relevé un autre, Wright Chirombe. «Certains de ces agents étaient liés à la bourgeoisie et en profitaient pour investir de grosses sommes d’argent dans les transactions illégales sur les devises». L’inflation annuelle a atteint des sommets à 785,6%, selon les dernières statistiques officielles. Mercredi dernier, le prix des carburants à la pompe s’est envolé de près de 150%. Conjuguée à une sécheresse récurrente depuis plusieurs saisons, le retour de l’hyperinflation a placé la moitié des 15 millions d’habitants du pays en situation d’insécurité alimentaire, selon l’ONU. Le président Emmerson Mnangagwa a succédé en 2017 à Robert Mugabe, au pouvoir pendant trente-sept ans, en s’engageant à relancer la machine économique. Ses promesses sont restées lettre morte. Dans un discours récemment prononcé devant les cadres du parti au pouvoir, M. Mnangagwa a lui aussi mis en cause des «détracteurs politiques» qu’il n’a pas nommés, les accusant d’un «projet malfaisant». Les perspectives de l’économie zimbabwéenne se sont encore obscurcies avec la pandémie de Covid-19. La Banque mondiale table déjà sur une contraction de 10% du produit intérieur brut (PIB) en 2020. (Source AFP)