Les contaminations au Covid-19, qui ont reculé de manière drastique, avec parfois plusieurs jours consécutifs de zéro cas, ont entraîné un véritable coup de frein de la vaccination, pour ne pas dire un arrêt total de cette dernière.

PAR INES DALI
Durant les deux derniers mois, les citoyens se sont complètement détournés de l’opération vaccinale qui n’a pas avancé d’un iota. C’est de l’aveu-même du directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA), Fawzi Derrar, qui a donné, hier, une sorte de bilan sommaire de la vaccination.
Il a indiqué que le taux de vaccination «n’a pas dépassé 32%», tout en regrettant que ce taux reste «très faible» par rapport à l’ambition première qui était d’atteindre 70% à fin 2021 ou, au plus tard, au début 2022. Durant les deux derniers mois, mars et avril, «ce taux était de 0% dans de nombreux centres à travers certaines wilayas», a ajouté le Pr Derrar, avant de relever que «la vaccination reste importante» et que «le virus ne disparaîtra pas et restera pendant les années à venir», ce qui nécessite de «rester mobilisés et prêts à l’affronter». Toutefois, son constat est qu’il y a «très peu de demandes pour la vaccination ces jours-ci», a-t-il dit, tout en relevant que «le stock est stable et n’a pas bougé», alors que des doses, dont il n’a pas précisé la quantité, «arrivent à expiration cette année», tandis que d’autres «expirent en 2023», a-t-il souligné.
L’Algérie, possédant des millions de doses de vaccins anti-Covid-19 qui, selon toute vraisemblance, ne seront pas consommés à moins d’un rebond inattendu de la pandémie, veut se tourner vers la production d’autres vaccins et diversifier, ainsi, son savoir-faire en la matière. C’est dans ce contexte que le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, a reçu, dimanche, une délégation des laboratoires chinois Sinovac, déjà partenaire du groupe pharmaceutique algérien Saidal dans la fabrication de l’anticoronavirus.
L’objectif de l’audience accordée à la délégation chinoise, conduite par sa présidente-directrice générale Hélène Yang, était justement d’aborder la discussion sur les relations futures en matière de «renforcement» et d’élargissement du partenariat avec le groupe Saidal», a indiqué le département ministériel de Lotfi Benbahmed dans un communiqué. Il s’agit de «pérenniser le partenariat par la domiciliation de la production en «fill and finish» de vaccins autres que celui du Covid-19, à l’exemple de l’antigrippal et de celui de la poliomyélite, et son élargissement futur à l’ensemble des vaccins inscrits au programme élargi de vaccination PEV en Algérie ainsi que ceux des pays du Moyen-Orient et d’Afrique», a ajouté la même source. C’est ainsi que les responsables de Sinovac ont exposé leurs projet de joint-venture avec Saidal qui vise à «pérenniser et asseoir le partenariat sur les court et long termes», est-il précisé le communiqué.

La leçon Covid et la diversification de la production de vaccins
Lors de cette audience qui s’est déroulée en présence de la PDG et des cadres du groupe Saidal ainsi que des cadres du ministère de l’Industrie pharmaceutique, les discussions ont également porté sur «le renforcement et la diversification du portefeuille de produits fabriqués en partenariat notamment pour les hémodérivés, tels que les immunoglobulines, l’albumine et les facteurs VIII et IX», ce qui permettra au groupe pharmaceutique «Saidal de se positionner comme plateforme de production et d’exportation de médicaments issues des biotechnologies à l’échelle régionale et continentale», a-t-on fait savoir le communiqué.
Les deux parties ont exprimé leur volonté de coopération dans «des essais cliniques, notamment les études observationnelles en vie réelle, afin de contrôler l’effectivité et la sécurité effective des médicaments et d’obtenir les bases de données nécessaires aux études pharmaco-économique». Ceci pour arriver à «une meilleure estimation et réévaluation des coûts des différentes stratégies thérapeutiques», a expliqué le département de Benbahmed.

Permettre aux vaccins produits en Afrique l’accès aux plateformes internationales
L’avancée à laquelle aspire l’Algérie en matière de production de vaccins ne profitera pas seulement au pays, mais devra également profiter au continent africain dont les populations ont été les plus mal loties en matière de vaccination contre le Covid-19 pour cause d’insuffisance de vaccins. L’aspiration des dirigeants africains est d’être prêts à affronter d’éventuelles nouvelles pandémies ou autres pour ne plus être pris de court comme pour le Covid. C’est dans ce cadre qu’a été organisé, dimanche par visioconférence, le sommet restreint des Etats africains producteurs du vaccin anti-Covid au cours duquel le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a mis en exergue les efforts déployés par l’Algérie et plusieurs Etats africains dans la lutte contre le Covid-19. Des efforts qui sont «une preuve édifiante que l’Afrique possède désormais de véritables atouts dans ce domaine», a-t-il dit, dans une allocution lue en son nom par le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra.
«Qu’il s’agisse de la pandémie actuelle ou autre danger similaire à l’avenir, nos partenaires internationaux doivent saisir qu’ils ont un grand intérêt dans la réussite de l’Afrique dans ce domaine et sa capacité à apporter une contribution significative à l’avenir face à toute pandémie menaçant l’humanité à l’instar de la pandémie de coronavirus», le Président, qui a insisté sur l’impératif de «permettre aux vaccins produits en Afrique l’accès aux plateformes internationales d’acquisition et de distribution». Dans ce cadre, il a jugé «impératif d’inviter nos partenaires, pays et organisations internationales, à apporter leur soutien aux efforts consentis par notre continent en la matière, aux fins de renforcer les capacités productives mondiales et surmonter le risque de dépendre d’un nombre limité de fabricants de vaccins, risque clairement apparu à la lumière de la pandémie de Covid-19». <