Par Hamid Bellagha
Zeineb Benazzouz n’est plus. Dans des circonstances pareilles, il est de coutume de donner l’âge du disparu, de la disparue. Mais on ne demande pas à une dame son âge. On ne donne pas l’âge d’une dame, et Zeineb, l’était, une grande dame.
D’abord par la taille, filiforme. Elégante, d’une discrétion et d’une gentillesse à vous donner des complexes, elle a vécu comme elle est partie, hier, sur la pointe des pieds, en silence. Elle est partie sans faire de bruit, comme ce satané silencieux infarctus qui l’a emportée, à un âge où elle donnait encore d’elle au sein de l’université de Constantine où elle enseignait depuis des lustres.
Ensuite, elle était une grande dame parce qu’elle a toujours été frugale envers elle-même mais d’une générosité extrême envers les autres. Elle donnait sans attendre de retour. Sa seule gourmandise était la lecture. Les livres. Des dizaines et des dizaines. Elle en dévorait au moins trois par semaine.
Mais vous n’en trouverez surement pas chez elle. Parce qu’elle transmettait illico à des amis ses bouquins dès la dernière page tournée. Par un sens chronique du partage du savoir. Où peut-être parce qu’il n’y avait plus de place chez elle, parce que son satané compagnon en lisait plus et en pondait aussi. C’était Abdelmadjid Merdaci, son ami, son copain, son complice de toute une vie, parti il y a tout juste sept mois. Trop tôt lui aussi. Un couple unique, plein de contraste, car si Madjid était toujours à disserter, palabrer, ou simplement parler, Zeineb elle, se contentait d’écouter les autres ne réagissant qu’avec un sourire inlassablement affiché sur ses lèvres.
«Zeineb était 50 % de Madjid, nous dira très ému Ahmed Zemouli, un ami du couple. Tout comme Madjid était 50 % de Zeineb. Et si derrière tout grand homme il y a une femme, je dirais que derrière Zeineb, il y avait un homme.»
Benjamin Stora, un intime de la famille Merdaci, encore sous le choc de la disparition de «son frère» et condisciple Madjid, n’a pas tardé à réagir à la brutale disparition de Zeineb sur son compte Facebook. «Je viens d’apprendre à l’instant le décès de ma grande amie Zeneb Benazouz, la compagne d’Abdelmadjid Merdaci, lui-même décédé l’an dernier. Ma peine est très grande. Je pense à leur fille, Meriem…»
Décédée à Alger, Zeineb Benazzouz sera enterrée aujourd’hui auprès de Madjid Merdaci au cimetière de Constantine. n