Youcef Elaïd est chirurgien urologue, andrologue et sexologue. Il est diplômé des Facultés de médecine de Toulouse et de Montpellier et exerce son activité de médecin à Oran dans le privé.

Reporters : Le 1er décembre correspond chaque année à la Journée internationale de lutte contre le sida. Il se trouve que cet évènement de sensibilisation contre le VIH intervient cette fois en pleine pandémie de Covid. Quelle observation peut-on faire au sujet des deux maladies ?
Youcef Elaïd : Le trait commun est celui de la prévention. Dans le cas du Covid comme dans celui du VIH, les maîtres-mots sont ceux de la vigilance et de la protection par le recours à des gestes qui permettent d’éviter autant que possible d’être infectés et de tomber malade. C’est l’observation que doit faire tout bon médecin et tout bon thérapeute. L’expérience que nous subissons actuellement avec la pandémie du coronavirus nous incite à davantage de précaution en évitant la stigmatisation et par le recours aux mesures d’hygiène à tous les niveaux de notre quotidienneté. Par extrapolation, on peut évoquer ces mesures lorsqu’il s’agit de se prémunir contre le VIH en s’armant des réflexes qui protègent notre santé lors des rapports sexuels. En cas de doute, le dépistage est fortement conseillé. La détection du VIH dans le sang se fait dès 6 semaines après la prise de risque par un test Elisa (Enzyme-Linked Immuno Assay) et dès 3 mois par un test TROD (test rapide d’orientation diagnostique)

Les personnes séropositives sont-elles plus vulnérables face au Covid ?
Il est évident que les personnes séropositives, celles qui n’ont pas accès à la thérapie antirétrovirale notamment, sont plus vulnérables face au Covid. L’impact de ce virus sur ces personnes est très négatif, voire nocif, puisqu’il se greffe sur un terrain très affaibli par le déficit immunitaire, cela évolue rapidement vers des complications sévères de type détresse respiratoire majorée par des dégâts collatéraux du VIH liés à l’absence d’observation thérapeutique. Les personnes séropositives doivent comme les autres s’armer des gestes barrières, voire davantage en raison des risques accrus chez eux en veillant à une bonne hygiène respiratoire notamment.

Les risques de contamination au VIH, affirme-t-on, sont liés au manque d’information et à l’absence de programme de sensibilisation. Qu’en dites-vous ?
C’est certain. Une personne mal ou pas du tout informée est susceptible d’avoir des pratiques à risques, c’est moins le cas pour une personne bien renseignée sur les sources et les dangers de l’infection. L’absence d’une culture de la sexualité dans des sociétés comme la nôtre, qui considèrent ces choses comme taboues et de l’ordre de l’illicite en contradiction totale avec ce qui se passe en réalité, est en soi une prise de risques. De plus, ce ne sont pas seulement les personnes à risques qui sont remises en question mais des sujets ne l’étant pas théoriquement. En l’absence d’une culture de la sexualité, il y a souvent une souffrance terrible chez de très nombreux couples dont la seule idée en tête est le projet parental et de faire des enfants. Les conséquences sont la rupture familiale ou la recherche de nouvelles expériences sexuelles ailleurs, parfois sans le souci de protection. <