Dr Youcef Boudjelal, chercheur spécialisé en microbiologie, aborde dans cet entretien les spécificités du variant indien de la Covid-19 détecté en Algérie, ainsi que la nécessité de renforcer les procédures de respect des protocoles sanitaires au niveau des frontières, la multiplication des tests de dépistage, ainsi que le respect strict des mesures barrières afin de prévenir tout risque de propagation massive de la forme classique ou des variants du virus de la Covid-19

Entretien réalisé par Sihem Bounabi
Reporters : La présence de variant indien de la Covid-19 en Algérie a été confirmée par les autorités sanitaires, pourriez-vous nous parler des spécificités de ce type de variant ?
Youcef Boudjelal : Tout d’abord, il faut savoir que le variant indien de la Covid-19 est un variant qui a deux mutations au niveau des protéines Spike. Cette double mutation augmente, d’une part, le pouvoir de contagion, c’est-à-dire qu’il est beaucoup plus contagieux que la souche originale. D’autre part, cela augmente les capacités d’intégration du virus, c’est-à-dire qu’il y a une augmentation du pouvoir de pénétration au niveau des poumons, ce qui le rend plus virulent. Mais je tiens à préciser que le variant indien qui a été découvert en Algérie est moins contagieux que le variant indien classique. En effet, les séquençage ont démontré que la mutation intitulée E484K, qui touche la matière génétique du variant indien, n’a pas été détectée dans les cas algériens. Il faut savoir que pour le variant indien il y plusieurs sous-types qui ont été détectés dans le monde. Ce qui fait que le variant indien détecté en Algérie n’a pas la double mutation du variant indien original, c’est donc le variant indien sous-types 2, d’où la possibilité qu’il soit moins pathogène. Mais la vigilance reste de mise.

Comment peut-t-on expliquer que malgré la fermeture des frontières, le variant indien a réussi à s’introduire en Algérie ? En plus, selon le ministre de la Santé, c’est un cas importé par un Indien venu de Doha ?
Il faut comprendre que même si les frontières aériennes et terrestres sont fermées, il y a encore des vols commerciaux, que ce soit pour les matières premières ou du matériel nécessaire. Certes, les vols sont suspendus pour les voyageurs touristiques ou les particuliers, mais les échanges commerciaux avec les grandes sociétés sont toujours maintenus pour éviter un effondrement de l’économie nationale. Il faut savoir que même pour ce type de voyageurs, des tests PCR datant de moins de 24 heures sont exigés.

Justement, quel est le protocole sanitaire requis pour ce type de voyageurs pour éviter les risques d’introduction de variants importés ?
En principe, dans le cadre du protocole sanitaire, un test PCR négatif est exigé pour toute entrée sur le territoire national, cela concerne autant les Algériens que les étrangers qui doivent franchir les frontières. Aujourd’hui, il devient plus que nécessaire de renforcer les contrôles aux frontières pour tous types de voyageurs. En plus des tests PCR négatifs obligatoires, il faut aussi exiger un confinement minimum de 7 jours ; l’idéal serait de 15 jours. Il est aussi important de faire des opérations de séquençages pour tout cas suspect. Car aujourd’hui, il a été démontré que certains variants ne peuvent pas être détectés par tests PCR, mais seulement par une opération de séquençage. D’où l’importance de ces opérations pour tout cas suspect.

Maintenant que le variant indien est présent en Algérie, selon vous, quelles seraient les précautions à prendre au niveau local ?
D’abord, il est impératif que les Algériens prennent conscience qu’en ce moment, il est crucial de respecter les gestes barrières que l’on martèle depuis plus d’une année : le lavage fréquent des mains ou frictions avec gel hydraulique, le port obligatoire du masque et la distanciation physique, en évitant les attroupements dans les marchés ou dans les commerces, tels qu’on le constate malheureusement en ce moment. Concernant les cas détectés, il s‘agit de les isoler rapidement et de faire des opérations de séquençage pour toutes les personnes et l’entourage des personnes avec lesquelles ils ont été en contact afin de casser rapidement la transmission du virus. Cette étape de tester et d’isoler les cas contacts est très importante afin d’éviter un confinement local ou plus généralisé. Depuis quelques jours, on est dans une situation critique où le nombre de cas de contamination s’élève en moyenne à 200 par jour. En attendant une véritable accélération de la campagne de vaccination, qui demeure efficace contre les variants, le respect des mesures de prévention et des gestes barrières reste la seule solution pour éviter le retour au confinement.

Avec l’annonce de la découverte des variants indiens, une certaine psychose s’est installée quant au risque d’un scénario à l’indienne, quel est votre avis sur le sujet ?
Pour le moment, l’Algérie est très loin de ce scénario, on n’est pas dans le même cas de situation épidémiologique. Il faut savoir qu’en Inde, la détection des souches des variants a été faite une fois que ce variant s’est fortement propagé et qu’il a fait d’énormes dégâts. Ce qui a accéléré ce scénario catastrophe, c’est également les rassemblements lors des fêtes religieuses qui regroupent des millions de personnes sans aucun respect des gestes barrières. En Algérie, il n’y a pas ce type de rassemblement qui regroupe des millions de personnes, en plus on a détecté les premiers cas de présence de variant avant qu’il ne se propage à grande échelle. Malgré cela, pour éviter que la situation n’empire chez nous, il faut que les Algériens respectent scrupuleusement les gestes barrières. Il faut aussi multiplier les tests PC et les opérations de séquençage pour une détection précoce et rapide pour tout cas suspect afin de détecter la présence des variants et les cas de contaminations. On rappelle encore une fois la nécessité d’accélérer la campagne de vaccination, car plus il y a de personnes vaccinées, plus il y a de personnes immunisées et plus les citoyens sont protégés contre les formes graves de la contamination à la Covid-19.