La célébration du nouvel an berbère, Yennayer 2971, désormais inscrit à notre calendrier officiel et fêté aujourd’hui aussi dans notre espace maghrébin et africain, est un moment de communion à travers lequel les Algériens s’approprient les racines profondes et multimillénaires de leur histoire et leur identité. C’est aussi un moment pour constater que dans nos origines retrouvées, il est des voix négationnistes et identifiées idéologiquement qui crient et créent la discorde, alors qu’au niveau du champ constitutionnel et institutionnel, en dépit des avancées indéniables, des freins de diverses natures persistent…

La célébration du Nouvel an berbère, Yennayer 2971, fêté aujourd’hui aux quatre coins du pays et aussi dans notre entourage maghrébin et africain, est un moment de communion à travers lequel les Algériens s’approprient leur histoire et leur identité.
C’est aussi un moment pour constater qu’en dépit des avancées réalisées dans ce registre, notamment par la constitutionnalisation de la langue amazighe, des freins de diverses natures persistent, d’où le devoir pour l’Etat de donner un coup d’accélérateur à la promotion effective de cet élément de l’algérianité.
En effet, sur la promotion de la langue amazighe, force est de constater qu’on est plus dans le surplace que dans la progression, malgré ce qui est énoncé dans la Constitution de 2016 et celle en vigueur, adoptée le 1er novembre dernier et qui stipule dans son article 4 que «Tamazight est également langue nationale et officielle» et que «l’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national».
Cette projection de promotion, louable à plus d’un titre, a été par ailleurs confortée par la disposition constitutionnelle qui énonce la création de l’Académie algérienne de la langue tamazight placée auprès du Président de la République.
«L’Académie qui s’appuie sur les travaux des experts est chargée de réunir les conditions de la promotion de tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle», est-il stipulé également dans la nouvelle loi fondamentale.
Or, cette Académie fait, elle aussi, du surplace depuis décembre 2018, date de la nomination par décret présidentiel de son premier responsable, l’universitaire Mohamed Djellaoui, et de quarante autres membres.
Deux ans depuis sa mise en place, l’académie peine à se tracer un chemin et des voix réclament depuis plusieurs mois la révision de la loi organique portant sa création et sa fonction, tout comme elles exigent que les normes scientifiques priment dans la désignation de ses membres.

Le défi de la généralisation de l’enseignement de tamazight
L’autre volet sur lequel les autorités doivent agir est incontestablement celui de l’enseignement de la langue amazighe dans le système éducatif. Et si le chiffre indiquant que cette langue est enseignée dans 42 wilayas sur 48, exercice assuré par plus de 3 000 enseignants, peut prêter à la satisfaction, la proportion de cet enseignement demeure faible, voire insignifiante, dans l’ensemble des cas.
«L’apprentissage du tamazight demande du temps et des efforts, ce n’est pas impossible, il y a beaucoup de détenteurs de licences en tamazight. Les Algériens commencent à accepter l’amazighité, comme étant une partie de leur identité», a estimé à ce propos, Boudjemaâ Aziri, directeur de la formation et de la recherche au niveau du Haut-commissariat à l’amazighité (HCA). Il s’agit, selon M. Aziri, de «généraliser l’enseignement de façon horizontale pour atteindre toutes les wilayas et tous les établissements, puis de façon verticale, pour atteindre les 3 paliers de l’enseignement».
Pour sa part, l’universitaire Abderezzak Dourrari, enseignant de la linguistique et spécialiste de traductologie, «l’enseignement de tamazight est confronté aux problèmes des programmes d’enseignement, à la disponibilité des enseignants et à la demande sociale». Autrement dit, plusieurs questions à résoudre pour prétendre inscrire l’enseignement de tamazight dans une perspective de généralisation. Le HCA milite dans ce sens pour l’amendement de la loi d’orientation sur l’éducation nationale de janvier 2008 pour supprimer l’aspect facultatif de l’enseignement de la langue berbère à l’école.
A ce titre, le caractère facultatif est, de l’avis de nombreux spécialistes, un verrou à sa généralisation et sa diffusion. Il est aussi un frein à sa pleine reconnaissance sur le terrain et conformité politique et juridique en tant que langue nationale et officielle.
A noter que la ville de Batna abrite, depuis vendredi, les festivités officielles et nationales de célébration du Nouvel an amazigh. Si El Hachemi Assad a relevé, à cette occasion, que la célébration de Yennayer «nourrit le sentiment de fierté de nos référents civilisationnels amazighs, enracinés dans l’histoire, et consolide la cohésion entre les Algériens, au service de la patrie».
Il a invité l’assistance à faire de «cette fête qui transcende le temps, le catalyseur qui permet de construire la personnalité nationale fière de ses composants identitaires dans un climat de paix, de réconciliation, d’ouverture et de rejet de la division». Un propos qui n’est pas sans rappeler les élucubrations de certaines voix de la «fitna» qui pullulent sur les réseaux sociaux, à l’image d’un prétendu «cheikh» du nom de «Ferkous» qui recommande aux Algériens de «bouder» cette célébration sous prétexte qu’elle n’est pas «la nôtre». Yennayer, coïncidant avec le 12 janvier du calendrier julien, est une journée «chômée et payée» depuis 4 ans.