La crise yéménite verra-t-elle une solution dans les prochains mois ? La question est posée depuis que l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, Martin Griffiths, a déclaré, vendredi dernier devant le Conseil de sécurité à New York, que l’élan pour parvenir à un règlement politique au conflit armé dans ce pays est en train de se renforcer.

«Nous commençons maintenant à voir le type de leadership qui crée la paix», a dit M. Griffiths aux membres du Conseil, citant à cet égard l’exemple de l’accord de Riyad signé le 5 novembre entre le gouvernement du Yémen et le Conseil de transition du Sud.
Pour parvenir à cet accord, les chefs de factions opposées se sont réunis ensemble et ont convenu de travailler pour une cause plus large, a-t-il noté.
L’envoyé onusien a ajouté qu’au cours des deux dernières semaines, il y aurait eu une baisse de 80% des frappes aériennes par rapport à la même période précédente, avec des périodes entières de 48 heures sans raids aériens pour la première fois depuis le début du conflit.
Au sujet de l’accord de Stockholm de décembre 2018 et qui prévoit un cessez-le-feu dans la province portuaire de Hodeïda, M. Griffiths a déclaré qu’il y voyait des signes positifs, des navires ravitailleurs en carburant étant entrés dans le port et une crise a été évitée.
Vendredi, la Chine a appelé les parties concernées au Yémen à «saisir l’occasion» que présentent les derniers développements positifs dans ce pays déchiré par la guerre, afin de reprendre le processus politique, a déclaré un envoyé de la Chine à l’ONU.
Devant le Conseil de sécurité, Zhang Jun, représentant permanent de la Chine auprès de l’ONU, a salué les signes d’apaisement connus dans la situation dans le pays avec la signature de l’Accord de Ryadh. Il a appelé les Nations unies et les pays de la région à saisir cette occasion pour encourager davantage les parties yéménites à combler leurs différends et à s’efforcer de reprendre rapidement le processus de règlement politique, soulignant que les parties yéménites devraient s’abstenir de toute mesure qui risquerait de mener à une escalade des tensions.
A cet effet, elles doivent faire preuve de volonté politique, cesser de violer l’accord de cessez-le-feu, et s’assurer que l’accord de Hodeïda soit mis en œuvre dans son intégralité, a souligné l’envoyé chinois. Le Conseil de sécurité devrait à son tour rester uni en soutenant fermement la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale du Yémen, et apporter un soutien politique à l’effort diplomatique des Nations Unies et des pays de la région.

Pénurie d’eau potable
Au plan humanitaire, la pénurie et la cherté de l’eau potable, notamment dans la capitale Sanaa, est l’une des causes des épidémies de choléra régulières qui frappent le Yémen, a indiqué jeudi dernier à Paris la cheffe de mission yéménite de l’ONG Médecins du Monde (MDM), Wafa’a Al-Saidy. De passage en France elle a assuré, au cours d’un point de presse, que «Sanaa est l’une des villes les plus menacées au monde d’une coupure d’eau définitive. Le risque est immense, tous les expert s’accordent à le dire». L’approvisionnement de la ville en eau, déjà critique avant le conflit qui oppose des forces progouvernementales aux rebelles Houthis qui se sont emparés de Sanaa en septembre 2014, a été rendu encore plus difficile par les combats. D’autant que la population de la capitale a plus que doublé avec l’afflux de personnes déplacées fuyant les zones de guerre, a-t-elle indiqué.
«Les ressources en eau diminuent, la demande grimpe», déclaré la responsable humanitaire. «Donc la majorité des résidents de Sanaa doivent acheter de l’eau à des fournisseurs privés, qui livrent par camions-citernes. Quand il y a aussi des pénuries de carburant, les prix s’envolent». Elle a assuré que sa famille, installée à Sanaa, doit acheter au moins deux citernes d’eau potable par mois, payées l’équivalent de 40 dollars pour trois mille litres.
«Nous organisons des campagnes de prévention du choléra, nous disons aux gens qu’il faut se laver les mains», a-t-elle dit. «Ils nous répondent: “Nous le savons, mais nous n’avons pas d’eau. Alors nous revenons sans cesse dans vos hôpitaux, atteints du choléra”». La pénurie d’eau potable est encore pire dans les campagnes, où les résidents doivent creuser des puits de plus en plus profonds, pour y trouver une eau sale, a-t-elle encore indiqué. Les organisations humanitaires estiment que la guerre entre les Houthis et le camp antirebelles, dirigé par une coalition menée par l’Arabie saoudite, a fait des dizaines de milliers de morts, la plupart des civils. Selon Action contre la faim, le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays atteint 3,3 millions. Le pays a aussi été gravement affecté par le choléra qui a tué plus de 2.500 personnes depuis avril 2017. Environ 1,2 million de cas suspects ont été rapportés, selon l’OMS.
Récemment, la Coordinatrice adjointe des secours d’urgence de l’ONU, Ursula Mueller, a indiqué que quelque 250 partenaires humanitaires collaboraient avec l’ONU pour venir en aide à plus de 13 millions de personnes au Yémen. Elle a rappelé que l’opération humanitaire dans ce pays est la plus vaste au monde et se déroule dans un environnement extrêmement difficile. n