Par Haitham EL-TABEI
Des consultations intrayéménites se tiennent mercredi à Ryad, en l’absence des rebelles Houthis refusant tout dialogue en territoire «ennemi», dans un contexte toutefois d’annonces unilatérales par les deux parties d’un cessez-le-feu dans la guerre qui ravage le Yémen. La coalition militaire anti-rebelles dirigée par l’Arabie saoudite, qui intervient au Yémen depuis 2015 en appui aux forces progouvernementales, a décrété mardi soir un cessez-le-feu à partir de mercredi pour le mois de jeûne musulman du ramadan. Samedi, les Houthis, des rebelles yéménites soutenus par l’Iran et qui combattent le gouvernement reconnu par la communauté internationale, avaient de leur côté annoncé une trêve de trois jours extensibles à certaines conditions. Lors du lancement mercredi matin des consultations de Ryad, qui doivent durer une semaine, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a estimé que les annonces d’«arrêt temporaire des opérations militaires sont un pas dans la bonne direction». «Le processus de paix au Yémen est au point mort depuis trop longtemps», a regretté le responsable onusien. «Plus le conflit se prolonge, plus l’impact sur les civils s’aggrave et plus il est difficile de réparer les dégâts. Le peuple yéménite a besoin de voir une issue claire». Le diplomate suédois a déclaré qu’il reprendrait ses propres consultations «dans les semaines à venir», espérant que «tous les principaux acteurs yéménites y participeront». Constatant des «évolutions positives», il a par ailleurs assuré être engagé avec les parties pour parvenir à une trêve multilatérale «avant le début du ramadan», début avril. Après sept ans d’intervention au Yémen, la coalition n’a pas réussi à déloger les rebelles Houthis du Nord du pays, qu’ils ont largement ravi au gouvernement, à commencer par la capitale Sanaa prise en 2014. Et les violences comme leurs conséquences humanitaires ont tué des centaines de milliers de personnes, déplacé des millions d’autres et poussé une grande partie de la population dans des conditions proches de la famine. L’émissaire des Etats-Unis pour le Yémen, Tim Lenderking, présent à Ryad lui aussi, a assuré que Washington soutenait «fermement la proposition de trêve immédiate de l’ONU». «Nous saluons la retenue dont ont fait preuve les parties au cours des derniers jours, en particulier l’annonce de la coalition concernant l’arrêt des opérations militaires au Yémen pendant le ramadan», a-t-il déclaré. Les pourparlers de Ryad avaient été annoncés mi-mars par le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui réunit six Etats dont les deux membres principaux de la coalition anti-Houthis, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Le siège de cette organisation régionale se situe à Ryad. «La solution au Yémen est entre les mains des Yéménites», a déclaré Nayef al-Hajraf, le secrétaire général du CCG, estimant que «le chemin vers la sécurité et la paix n’est pas impossible». «Le succès des consultations intrayéménites n’est pas une option, c’est une réalité à atteindre», a-t-il martelé. Mardi, la coalition a déclaré que son cessez-le-feu coïncidait avec le début de ces consultations dans le but de «créer les conditions propices à leur succès». Les experts restent toutefois septiques, en raison de l’absence de protagonistes majeurs dans le conflit, les rebelles. Pour Maged al-Madhaji, directeur du centre de réflexion Sana’a Center for Strategic Studies, l’issue éventuelle de cette réunion n’apparaît «pas claire», avec un «ordre du jour très général» et «des discussions limitées à une seule partie, n’incluant pas les Houthis». «Par conséquent, en ce qui concerne le processus de paix, cela ne mènera à rien parce que les Houthis ne sont pas présents», a-t-il dit à l’AFP. Les annonces unilatérales de trêve apportent néanmoins une rare lueur d’espoir dans cette guerre sans fin qui a provoqué l’une des pires tragédies humanitaires au monde. n