L’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, est attendu aujourd’hui à Sanaâ pour de nouvelles consultations et de futures négociations avec les parties en conflit. En dépit des combats violents dans la ville portuaire et stratégique de Hodeida, M. Griffiths arrive dans la capitale yéménite encouragé par de meilleures dispositions des rebelles houthis et du gouvernement à négocier.

Lundi dernier, l’envoyé spécial des Nations unies a appelé les parties en conflit à «la retenue en vue de créer un climat propice à la tenue de consultations» de paix, après l’échec de plusieurs tentatives de mettre un terme à une guerre dévastatrice qui s’est intensifiée en mars 2015.
Sur le terrain, le front de Hodeida, essentiel à l’aide humanitaire internationale, a connu hier mardi un retour à un calme fragile. Avant, dans la nuit de lundi, des combats nocturnes, les plus violents depuis la désescalade du 14 novembre, se sont concentrés dans l’Est de la ville où les rebelles ont déclenché des tirs d’artillerie et une riposte des forces pro-gouvernementales, selon des responsables des forces loyalistes.
La coalition militaire pro-gouvernementale menée par l’Arabie saoudite a pour sa part lancé 12 raids aériens, a-t-on ajouté de mêmes sources. Les médias des rebelles ont rapporté que les affrontements ont duré quatre heures et affirmé que les forces pro-gouvernementales ont subi de «lourdes pertes». Mais aucun bilan de ces combats n’était disponible hier mardi.
Les accrochages à Hodeida, par où transitent 75% des aides humanitaires, ont eu lieu en dépit des positions exprimées lundi dernier par les parties en conflit en faveur de la paix. Le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, avait déclaré qu’il enverrait une délégation à Stockholm.
Avant lui, le chef rebelle Mohammed Ali al-Houthi exhortait ses partisans à mettre fin «aux tirs de missiles et drones» et proposé «de cesser toutes les opérations militaires sur tous les fronts», pour montrer les «bonnes intentions» des rebelles.
Pour rappel, la Grande-Bretagne a présenté au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution demandant une trêve à Hodeida et le passage, sans obstacles, de l’aide humanitaire. Aucune date n’a été fixée pour le vote de ce texte, présenté après un rapport de Martin Griffiths qui a proposé la tenue de pourparlers à Stockholm.
«Cesser les ventes d’armes»
L’émissaire de l’ONU a dit à la télévision Sky news qu’il tablait sur un démarrage des négociations «dans quelques semaines». La guerre au Yémen a fait quelque 10 000 morts, selon l’ONU qui fait état de 14 millions de personnes en situation de pré-famine. Human Rights Watch (HRW) a de nouveau appelé à cesser les ventes d’armes aux parties impliquées dans le conflit.
L’ONG a demandé à la France, où est attendu mercredi le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed Al-Nahyane, de cesser ses ventes d’armes aux Emirats arabes unis, autre pilier de la coalition militaire sous commandement saoudien qui intervient au Yémen depuis 2015.
«Si le président (Emmanuel) Macron est vraiment préoccupé par la crise humanitaire au Yémen, il devrait dire au prince héritier que la France cessera de vendre des armes aux Emirats arabes unis», a déclaré Bénédicte Jeannerod, directrice France chez HRW, dans un communiqué publié hier mardi.
Pour faire face à la crise alimentaire, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont annoncé mardi une aide supplémentaire de 500 millions de dollars en faveur des agences de l’ONU et des ONG travaillant au Yémen.
En 2015, le royaume wahhabite a pris la tête d’une coalition militaire pour aider le gouvernement Hadi à stopper une offensive des rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, puissance régionale rivale du royaume saoudien. Le Yémen, l’un des pays les plus pauvres de la planète, en proie à la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU, est quasiment divisé en deux camps : les forces progouvernementales contrôlant le sud et une bonne partie du centre et les rebelles à Sanaâ ainsi que le nord et une bonne partie de l’ouest.
Les Houthis opposent une résistance farouche à la coalition et multiplient notamment les tirs de missiles contre l’Arabie saoudite.n