L’ambassadeur du Yémen à l’ONU a déclaré mardi que son gouvernement n’avait pas encore reçu d’invitation pour des pourparlers de paix en septembre à Genève, mais qu’il était prêt à y participer malgré le peu d’espoir de réussite. «Nous attendons l’invitation», a dit l’ambassadeur Ali Majawar lors d’une conférence de presse à Genève.

Début août, l’envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Martin Griffiths, a affirmé au Conseil de sécurité de l’ONU qu’une «solution politique était possible» au Yémen et que les différentes parties seraient convoquées pour entamer des pourparlers de paix le 6 septembre à Genève.

Une source gouvernementale yéménite a déclaré le 3 août à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, que le gouvernement du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale, était prêt à participer à ces discussions.

Le lendemain, les rebelles yéménites Houthis ont également annoncé leur venue à Genève.

M. Majawar a toutefois relevé que depuis l’annonce de M. Griffiths, l’ONU n’a fourni aucun détail sur ces pourparlers, en particulier sur une éventuelle rencontre entre gouvernement et rebelles.

«A mon avis, ce seront des consultations très difficiles. (…) Nous ne pensons pas que les Houthis feront des compromis pour permettre aux discussions de progresser», a-t-il ajouté.

Pays pauvre de la péninsule arabique, le Yémen est en proie à un conflit meurtrier entre les troupes du président Hadi, soutenu par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite, et les rebelles Houthis qui se sont emparés de vastes pans du territoire, dont la capitale Sanaâ.

La guerre a fait plus de 10 000 morts depuis l’intervention de la coalition en mars 2015 et provoqué «la pire crise humanitaire» au monde, selon l’ONU.

En 2016, des pourparlers politiques sous l’égide de l’ONU avaient buté sur plusieurs points, notamment le retrait des rebelles Houthis de plusieurs villes stratégiques et le partage du pouvoir avec le gouvernement.

Le bilan du raid contre un bus d’enfants s’alourdit à 51 morts

Plus de 50 personnes dont quarante enfants ont péri la semaine dernière au Yémen dans une frappe attribuée à une coalition sous commandement saoudien, a indiqué mardi la Croix-Rouge, un bilan qui rappelle le lourd tribut payé par les civils dans le conflit. Cette coalition militaire est intervenue en mars 2015 au Yémen pour aider le pouvoir face aux rebelles Houthis qui s’étaient emparés de vastes pans du territoire dont la capitale Sanaâ. La guerre qui dure depuis, sans perspective de solution en vue, a fait quelque 10 000 morts et provoqué «la pire crise humanitaire» au monde selon l’ONU. Le 9 août, un raid aérien a frappé un bus qui transportait des enfants sur un marché très fréquenté de Dahyan, dans la province septentrionale de Saâda, fief des rebelles. Ce carnage a suscité une vague de réprobation internationale et des appels à l’ouverture d’une enquête. Mardi, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a donné un nouveau bilan de la tragédie, dans un communiqué publié à Sanaâ: 51 morts, dont 40 enfants, et 79 blessés, dont 56 enfants. La plupart des morts ont été enterrés lundi après des funérailles organisées et encadrées par les rebelles à Saada. A cette occasion, des milliers de partisans des insurgés ont manifesté pour dénoncer tour à tour l’Arabie saoudite, les autres membres de la coalition et les Etats-Unis accusés de fournir une aide logistique et des informations aux Saoudiens.

Au début de la cérémonie, les cercueils, recouverts d’un tissu vert, couleur symbole du martyre, et des portraits des jeunes victimes, ont été alignés au sol pour la prière des morts. Ils sont arrivés sur une grande place à bord d’une cinquantaine de véhicules. La foule a brandi les portraits des jeunes enfants sur des pancartes accompagnées de leur nom et de la mention «martyr». «Le massacre des écoliers de Dahyan», pouvait-on lire également. Elle a aussi crié des slogans anti-américains et anti-israéliens et dénoncé un «crime des Saoudiens contre l’enfance yéménite». Un haut responsable rebelle, Mohammed Ali al-Houthi, présent aux funérailles, a dénoncé un «crime de l’Amérique et de ses alliés contre les enfants du Yémen». Selon les médias des rebelles, la coalition a poursuivi ses raids lundi sur différentes cibles de la province de Saâda, d’où sont tirés habituellement des missiles balistiques contre l’Arabie saoudite voisine. Le nouveau bilan du CICR recoupe celui donné par les rebelles qui ont accusé l’aviation saoudienne d’avoir commis ce «massacre». Le précédent bilan du CICR faisait état d’au moins 29 enfants âgés de moins de 15 ans tués. Au lendemain de l’attaque, la coalition a annoncé l’ouverture d’une enquête, en évoquant des «dommages collatéraux subis par un bus de passagers» à l’occasion d’une opération menée par ses forces contre les rebelles.