Les combats entre rebelles Houthis et forces progouvernement se sont intensifiés à Marib, dernier bastion gouvernemental du nord du Yémen, avec au moins 53 morts dans les deux camps en 24 heures, les insurgés poursuivant leur offensive malgré les appels pour une trêve.

Ces combats se sont concentrés sur les fronts de Kassara et de Machjaa, au nord-ouest de Marib, capitale de la province éponyme riche en pétrole, ont indiqué samedi des responsables militaires loyalistes. Les rebelles tentent depuis début février de s’emparer de ce bastion loyaliste, situé à 120 kilomètres de la capitale Sanaa, contrôlée par les Houthis depuis 2014, comme une grande partie du nord du pays. L’offensive, qui connaît des moments de recrudescence et des périodes relativement plus calmes, n’a pas cessé en dépit de nombreux appels pour une trêve. En mars, des dizaines de combattants ont été tués dans les combats, notamment au début du mois. Les rebelles s’étaient emparés le 19 d’une position stratégique près de la ville. «Les rebelles ont réussi à gagner un peu de terrain» lors des combats des deux derniers jours, a affirmé à l’AFP l’une des sources militaires, mais sans menacer la ville de Marib elle-même. Vingt-deux soldats du gouvernement, parmi lesquels cinq officiers, ont été tués lors de ces combats, selon ces sources militaires, qui affirment que 31 rebelles ont péri. Les rebelles communiquent rarement sur leurs pertes. L’aviation de la coalition, menée depuis 2015 par l’Arabie saoudite, est intervenue en soutien aux forces progouvernementales, toujours selon ces sources.

«Escalade»
En dépit de ces bombardements, les rebelles poursuivent leur offensive après avoir rejeté le 23 mars une proposition de Ryad pour un cessez-le-feu global au Yémen, exigent au préalable l’ouverture de l’espace aérien et des ports. Ces derniers mois, les insurgés ont également multiplié les tirs de missiles et de drones sur l’Arabie saoudite, visant régulièrement des infrastructures pétrolières du premier exportateur de brut. La perte de Marib serait un coup dur pour le gouvernement et Ryad, mais également une menace pour les civils, au moins un million de déplacés ayant trouvé refuge dans des camps de la région. Le Conseil de sécurité des Nations unies avait condamné le 18 mars «l’escalade» des affrontements armés autour de Marib, en mettant en garde contre une aggravation de la catastrophe humanitaire dans le pays déjà à genoux après plus de six ans de guerre. La bataille de Marib «met en grave danger un million de déplacés dans le pays et menace les efforts destinés à parvenir à une solution politique, à un moment où la communauté internationale s’unit de façon croissante afin de mettre un terme au conflit», avait estimé le Conseil dans un communiqué. Insistant sur «la nécessité de désescalade» de la part de toutes les parties, le Conseil de sécurité a notamment appelé les Houthis, soutenus par l’Iran, à interrompre leurs efforts de guerre à Marib emboîtant le pas à Washington. «L’aide seule ne mettra pas fin au conflit. Nous ne pouvons mettre fin à la crise humanitaire au Yémen qu’en mettant fin à la guerre (…) et les Etats-Unis relancent leurs efforts diplomatiques pour mettre fin à cette guerre», avait déclaré le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken lors d’une conférence virtuelle de donateurs début mars. «La première étape nécessaire est de mettre fin à l’offensive contre Marib (…) et de se joindre aux Saoudiens et au gouvernement du Yémen en agissant de manière constructive en faveur de la paix», avait-il ajouté. Le conflit, déclenché en 2014 par une offensive des rebelles qui ont conquis de vastes pans du territoire, a tué des dizaines de milliers de personnes, selon des ONG, et poussé des millions d’autres au bord de la famine. C’est la pire crise humanitaire au monde d’après l’ONU. (AFP)