Reporters : Quelle est l’importance du programme d’incubation de start-ups africaines ?
Yassine Oualid : C’est une première en Afrique et un programme unique en son genre concernant des projets innovants en Afrique. L’objectif est de sélectionner un certain nombre de projets innovants dans le continent africain. Les porteurs de projets bénéficieront d’un accompagnement de sociétés algériennes et étrangères qui va dans le sens de l’open innovation, c’est-à-dire trouver des solutions innovantes pour le continent. Ces projets permettront à l’Algérie de récupérer cette place naturelle de notre pays en tant que véritable pôle, en tant que plaque tournante de l’innovation et du changement dans le continent africain.

Quel est le bilan des actions entreprises par votre département ?
Nous enregistrons, d’une part, des dizaines de dossiers, probablement des centaines, pour le financement des projets de start-up au sein du fonds dédié à cet effet, qui les traite de manière non bureaucratique avec une grande souplesse en tenant compte de la situation imposée par la crise sanitaire. Le fonds chargé du développement des start-ups a déjà financé des projets de certaines start-ups qui ont reçu le label société start-up. Nous allons délivrer 200 labels start-up prochainement et communiquer sur ces sociétés naissantes. Le fonds a attribué des financements via une formule souple, sans que les porteurs de projets ne se soient déplacés. Cela s’est fait par le portail électronique, ce qui est important pour nous. Au lieu de retenir le modèle passé qui consiste à créer des structures du fonds au niveau de chaque wilaya, nous avons préféré procéder différemment, avec un fonds qui dispose de l’image de chaque projet (sans que le porteur de projet ne se déplace). Le fonds fonctionne bien. Ce qui est important à souligner, c’est un fonds d’investissement et non un fonds pour accorder des crédits. Il fonctionne selon des procédures totalement différentes que celles classiques. Il dispose de compétences dans tous les domaines du capital risque. Le fonds a pour rôle d’effectuer un réel travail d’accompagnement des porteurs de projets pour que ces start-ups réussissent. Nous considérons, d’autre part, que le principal frein à l’innovation, l’entreprenariat et la création de start-up, est l’administration, la bureaucratie. Nous avons donc créé une structure de médiation au sein du ministère destinée à lever les obstacles bureaucratiques à la création de start-up. Nous avons traité 400 demandes de médiation avec différentes institutions. C’est en continu, des dizaines de demandes sont traitées quotidiennement, ce qui permet à ces start-ups d’accéder à des procédures administratives autrefois sources de bureaucratie et de complications.

Quel est le nombre de start-ups créées en Algérie et l’objectif de votre département en matière de création de start-up en 2021 ?
La question du nombre de start-up est délicate parce que, dans le passé, il y a eu beaucoup d’initiatives en matière de start-up, principalement organisées sur Alger. Mais Alger n’est pas l’Algérie. Au ministère, nous recevons des start-ups de tous les coins du pays, du Sud, de l’Est, de l’Ouest… On a fait une étude au début de l’année 2020 en consolidant toutes les bases de données des programmes qui ont été lancés par le passé, on est arrivé à un chiffre de 816 start-ups créées depuis plusieurs années. Ce chiffre est loin de refléter la réalité. La plupart des incubateurs, des programmes d’accompagnement des start-ups ont été lancés dans la région d’Alger. Le programme de notre département est de créer, d’ici fin 2021, au minimum 1 500 à 2 000 start-ups, voire plus. Je rappelle que le but de notre département n’est pas d’avoir un maximum de start-ups mais beaucoup plus d’avoir de véritables champions algériens qui vont réussir et exporter leur produit et leur service en dehors de l’Algérie.

Que faut-il pour créer un véritable écosystème qui booste le développement des start-ups en Algérie ?
Dans notre première année d’activité, on s’est concentré sur trois principaux volets, les mécanismes de financement, le cadre réglementaire et les structures d’accompagnement. Aujourd’hui, tout cela est fin prêt. Nous avons la base qui permet d’avoir l’émergence d’un véritable écosystème start-up. Aujourd’hui, ce qui manque, c’est une implication un peu plus importante du secteur privé. Partout dans le monde, c’est le secteur privé qui investit dans les start-ups, c’est le secteur privé qui finance les start-ups. En plus de la création du fonds, nous avons mis en place des mécanismes pour encourager le secteur privé à s’impliquer dans la création de start-up. Ayant tous les ingrédients, on est extrêmement optimistes par rapport au futur écosystème algérien. Vous remarquez un plus grand nombre d’initiatives en matière de start-up. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’on ait un programme comme celui-ci (programme Africa by Incube Me) ou d’autres programmes. Ces programmes sont aussi ambitieux les uns que les autres. Avec tout cet engouement pour les start-ups, on est persuadé que cela aura un impact positif sur l’économie nationale.

Votre département est-il le chef d’orchestre du programme national de développement des start-ups ?
Nous n’avons pas la prétention d’être un chef d’orchestre, mais nous avons celle d’être un catalyseur. En chimie, un catalyseur, c’est la molécule qui n’entre pas dans l’équation mais qui accélère la réaction chimique. On préfère être donc un catalyseur.


Khaled Remouche