Par Fazil Asmar
L’expert dans les relations économiques et politiques, Yacine Ould Moussa, prône la «franchise» dans la croissance économique et le retour aux éléments fondamentaux en matière de développement. De passage, hier, à la Chaîne III, il a indiqué qu’on ne pouvait plus continuer à «tricher» avec les facteurs de la croissance et à s’embourber dans le devoir de la «redevabilité». «La politique de l’autruche n’est plus de mise. De même que les mesures «cosmétiques» qu’on prend au nom de l’urgence. D’ailleurs, par définition, les visions d’urgence sont sans lendemain, palliatives et conditionnées par des ressources mobilisées pour répondre à un besoin pressant», soutient-il. Ce qui est important prend du temps, assure-t-il. La relance et l’organisation économique et politique, la stabilité sociale sont des choses importantes qui prennent du temps car nécessitant de la réflexion. «Pour cela, les éléments de réflexion doivent démarrer de la base et non du sommet et, chaque structure, dans tous les domaines, doit retrouver sa fonction originelle pour éviter toute délinquance économique. L’Algérie n’est pas un pays pauvre mais sous-développé et le challenge réside dans notre capacité collective à valoriser nos ressources. Tout le monde doit se sentir concerné et non assisté dans son avenir», assure-t-il.
C’est en raison des mesures d’urgence ne touchant pas la racine des problèmes que des réformes traînent depuis plus de vingt ans, remarque-t-il. «Nous avons besoin d’une locomotive pour que tous les wagons se mettent derrière pour créer et répartir les richesses de façon intelligence. Pouvoir, vouloir et savoir, ce sont des verbes qui vont ensemble dans la croissance. Si le front social est en ébullition, c’est parce que nos problèmes, à tous les niveaux, sont structuraux et non conjoncturels», constate-t-il, déplorant l’absence d’un consensus sur l’inventaire de tout ce qui ne marche pas et des défaillances qui engendrent des grèves et des protestations. «Trois éléments fondamentaux sont à mettre sur la même ligne : des objectifs pertinents, une organisation intelligente et des personnes engagées et compétentes. Savoir aussi se poser les bonnes questions : quel mode économique et projet de société collectif à mettre en place ? Quelles sont les orientations tenant compte de nos réalités en cette période où les ressources ne sont plus aussi abondantes que par le passé ?», souligne-t-il. Le ministère du plan, les prévisions, le calcul économique, la planification, la capacité de mesurer et d’évaluer nos besoins et nos moyens sur plusieurs années sont à restaurer, selon lui. Pour lui, par ailleurs, utiliser des technologies monétaires, fiscales et bancaires notamment, sur des réalités sociales archaïques est inutile. «Nos ressources sont à évaluer par rapport aux objectifs fixés. Les optimiser exige réalité et efficacité. En outre, les visions à court terme ne mènent pas loin, il faut les éviter et surtout, ne plus continuer à gérer un pays juste à travers la loi des finances et la loi des finances complémentaire !», recommande-t-il. Il est important aussi, affirme-t-il, d’assurer une stabilité dans les textes de loi ainsi que dans la désignation des décideurs pour éviter les visions multiples et condamner ainsi la mise en œuvre. Dans ce contexte, il espère que les équipes, après les élections législatives, dans le décisionnel, l’opérationnel et le stratégique seront stables et mettront en place des politiques pertinentes et surtout, les mettre en œuvre. «L’idéal, c’est d’avoir une vision à moyen et à long terme et inscrire notre action collective dans la durée. Le bonheur des Algériens ne peut se faire qu’avec les Algériens ou ne se fera pas. Si les Algériens sentent que leurs préoccupations sont prises en charge, ils feront preuve de sacrifice», fait-il savoir, assurant que la situation dans notre pays est difficile, mais pas insurmontable.