Sixième édition, 10e année de la création du club organisateur de l’événement, le CAP (Club d’Activités Polyvalentes), mais surtout premier grand RDV des polytechniciens, des élèves-ingénieurs (et comparses), depuis le 22 février dernier. C’était l’une des principales curiosités à « assouvir », jeudi passé, lors du Wikistage Algiers qui s’est déroulé dans une salle archi-comble de l’Opéra d’Alger. Quel a été donc l’impact du Hirak sur ces jeunes étudiants ? Comment allait-il se manifester sur le « terrain » ? Au-delà des combats idéologiques et des palabres politiciennes et « boulitiques », ceux qui ont assisté aux précédentes éditions auront senti, cette année, que ce soit dans la salle, ou dans les allées, un air de liberté bien perceptible., Il n’était pas uniquement question de bonne organisation (un « fait » constaté au fil des années) mais une sorte de prise de conscience du rôle que se sont donnés, et octroyés, les étudiants, essentiellement ceux de l’Ecole Nationale Polytechnique (ENP) d’Alger, organisateurs du Wikistage Algiers.

La touche « hirakienne » palpable est survenue à la fin de l’événement. Il était environ 20h20 quand est entré en scène le groupe El Dey. Sa chanson « Manwaliche le lour » (Je ne ferai pas de marche arrière), au grand bonheur des jeunes, avait enflammé la salle. Les étudiants se sont donnés à cœur joie dans la danse et les « cris d’extase », transformant l’Opéra d’Alger, après de « studieuses » conférences de la journée, en un concert improvisé.

Sur les lieux il n’y avait pas uniquement la famille Polytechnicienne. Etaient présents également plusieurs autres jeunes représentants d’établissements universitaires, de la capitale et d’ailleurs. Le temps d’une journée, ils se sont accaparés des lieux pour donner l’occasion à leurs ainés, les conférenciers, d’étaler leur savoir.

La thématique du Wikistage Algiers, «Beyond the différence » (Au-delà des différences), s’y prêtait d’ailleurs bien à l’ambiance. Trois sessions (avec des intitulés en anglais) au programme (« Embrase yourself », « Open up of diversity » et « Put the puzzle together ») dans lesquels se sont relayés différents profils. Dix conférenciers se sont présentés devant l’assistance, et chacun a essayé, à sa manière, de capter leur attention avec un « angle » précis. Certains ont pu, et su, galvaniser le public, et d’autres, plus « didactiques », et malgré l’intérêt de leur présentations, ont eu plus ou moins du mal à sortir certains jeunes de l’assistance de leur torpeur. Mais le « plus » était là et parmi les étudiants présents certains ont certainement dû trouver, durant ces heures d’échanges, leurs vocations.

SSS : speech, spectacle et savoirs

Parmi les dix conférenciers invités par le CAP certains se sont distingués par le sujet abordé, par le « spectacle » donné sur scène, ou les deux en même temps. Il y a eu, entre autres, Rachid Amokrane, présenté comme président d’une entreprise de consulting à New York, et qui a donné un one-men show « spécifique ». Même si son « speech » était intéressant, il s’est retrouvé à certains moments à crier plus qu’à parler. Un « couac » pour certains, mais l’orateur semblait pourtant plaire à l’assistance. Il y’avait également Amal Kouchkar, une pathologiste qui a choisi pour thème « Le concept de confraternité en médecine ». Son intervention était d’autant intéressante qu’elle a réussi à capter l’attention des adeptes des matchs et de la physique (les polytechniciens et les élèves-ingénieurs de l’ENP), sur le monde des praticiens et des hôpitaux. Un véritable exploit. D’ailleurs sa manière de « vulgariser » le fameux serment d’Hippocrate, en traversant le temps a été très appréciée.

Réalisation: Salim KOUDIL

De son côté, Ahmed Benzelikha (expert en digital et président du Comité communication et information à Unesco-Algérie) a gratifié les présents d’une conférence sur les atouts de l’humanisme. Une thématique qui lui tient à cœur depuis longtemps et qu’il a souvent abordé dans ses romans (dont le dernier « Elias », sorti il y a quelques mois).

Noureddine Melikechi, le physicien atomique, installé aux Etats-Unis, était sans aucun conteste la coqueluche de la soirée. Annoncé en grande pompe par les organisateurs, l’enfant de Thénia (Wilaya de Boumerdes) s’est longuement étalé sur la diversité et la convergence dans la communauté scientifique. D’emblée, il a tenu à avertir les étudiants : « on vit dans un monde qui est de plus en plus complexe, et qui sera encore de plus en plus complexe ». Au cours de son intervention, Noureddine Melikechi mettra à la « disposition » du public un terme, le sien, « Incluversité » (entre inclusion et diversité). Une manière pour lui de marquer son territoire, même si le public n’a pas su après si le physicien utilisait une version anglaise de sa « trouvaille » dans le cadre de ses activités, aux Etats-Unis…

Et ce n’est pas encore fini…

Ce Wikistage Algiers 2020 est donc un véritable défi réussi par les membres du CAP. Une équipe soudée et très organisée, et qui ne cesse de démontrer, au fil des années, et des événements, les grandes capacités qu’elle recèle en elle. Le Professeur Redouane Tahmi, directeur des études au niveau de l’ENP, en sait quelque chose, même beaucoup, puisque de l’aveu des étudiants, il a été d’une grande aide dans l’organisation de l’événement. Il était d’ailleurs l’un des conférenciers et il avait présenté l’historique de l’Ecole, depuis sa création, (en 1925) jusqu’à nos jours. Rencontré en marge du Wikistage Algiers, le Pr Redouane Tahmi encensait les organisateurs et ne tarissait pas d’éloges sur eux, « je dis souvent à des collègues que les étudiants sont meilleurs que nous dans tout ce qui est organisation, et à chaque fois je le confirme », affirmait-il avec un grand sourire.

Photo: CAP

Photo: CAP

Un sourire qui ne quittait d’ailleurs pas, durant toute la soirée, les visages de tous les membres du CAP. Parmi ces derniers, il y avait entre autres, le vice-président, le virevoltant Mohand Abdat, ou encore Otba Khelif, membre du département communication du club, qui était au four et au moulin. La fatigue ne l’a pas empêché de rester zen et de remplir sa tâche, plutôt ses nombreuses tâches. Il y avait également le Président sortant, Dalil Hafidi, en « parrain » des lieux et excellent joueur de mandole. La soirée de jeudi était une occasion pour lui de faire les passations de consigne avec son successeur, Abdelmalek Ourabah. Ce dernier, pianiste virtuose, s’est d’ailleurs distingué dès ce premier événement de son mandat. Pas uniquement par l’annonce de son élection, mais par le fait que le Wikistage Algiers se soit déroulé le jour même de…son anniversaire. Certains disent que le choix du 09 janvier était loin d’être un hasard ! Vendredi prochain ce ne sera évidemment pas son anniversaire, mais une occasion pour lui et ses amis, membres du CAP, de se distinguer encore une fois. Ils préparent déjà un autre événement, toujours à l’Opéra d’Alger, « Dzair rihla fi zman ». Le CAP promet d’avance que le spectacle sera grandiose.