Il n’est pas question ici de ressasser encore une fois les dysfonctionnements constatés à tous les points au niveau des institutions de l’Etat avec la crise sanitaire et les incendies qui ravagent plusieurs régions du pays. Les temps sont à la solidarité et à la renaissance d’une Algérie espérée par tous, et qui a tardé à se dévoiler. D’où l’importance de faire régénérer la nation des cendres des feux. Dans cette perspective, il faut répéter, et scander, à haute voix : «plus jamais ça». Un cri qui va devoir éveiller les consciences, pour ceux qui en ont, et faire isoler ceux qui n’en ont pas. Un cri qui doit mobiliser tout le monde pour ne plus déstabiliser tout un pays à cause d’incendies, et transformer les signes de désespoir en forces d’espoir.
Pour ce réveil, il va devoir donc ne plus revivre ce qui était en gestation avant la catastrophe qui vient de frapper l’Algérie. Les germes de la dislocation de l’Algérie faisaient leur chemin et en face les ripostes étaient quasiment insignifiantes. Le meurtre de Djamel Bensmail est venu dévoiler à quel point le pays était (et l’est encore) en danger. Ce qui s’est passé depuis a montré également à quel point l’improvisation a été la maitresse des lieux. Celle des citoyens était salutaire et a fait éviter (il faut l’écrire et le souligner) le pire à l’Algérie. Par contre celle des institutions de l’Etat a été, encore une fois, dangereuse. La conférence de presse animée hier par le directeur général de la police judiciaire restera un cas d’école. Pourtant l’«initiative» était plus que louable, en plus d’être nécessaire. Il fallait qu’il y ait un feed-back face aux nombreuses questions soulevées par l’assassinat de Jimmy.
Au-delà de la manière (sur laquelle il y a beaucoup à dire et à écrire) de présenter les témoignages des six personnes arrêtées, il y a ces images insoutenables projetées lors de cette conférence. Voir, en direct, sur plusieurs chaines tv (dont l’ENTV), et sur les réseaux sociaux de plusieurs journaux en ligne, une vidéo dans laquelle une personne est en train de décapiter la tête d’un corps calciné (présenté comme celui de «Jimmy») n’est pas uniquement abject, et ne peut être expliquée par une simple «erreur». Une institution, peu importe laquelle, qui représente l’Etat, ne peut se permettre cet énième dysfonctionnement. La communication en temps de crise ne s’improvise pas. Elle ne peut pas être organisée «sur le tas». La navigation à vue ne peut pas être permise, ni admise. Ce qui met de nouveau en avant cette absence totale de prévoyance et de gestion. Respecter les citoyens passe surtout par la maitrise de la communication et éviter le piège du sensationnalisme. Oui, l’Algérie suffoque.

  • *: « We can’t breathe », en anglais, dont la traduction est «Nous ne pouvons pas respirer», et c’est en référence au slogan du mouvement américain «Black Lives Matter»