Moins de vingt jours après la tenue de la réunion gouvernement-walis, le président Tebboune a procédé, lundi, à un mouvement partiel dans le corps des walis dans ce qui peut se traduire par la mise à exécution de l’ultimatum qu’il avait accordé aux magistrats locaux pour une meilleure prise en charge des préoccupations des citoyens, comme il a été question d’inciter les walis à prendre des initiatives en matière d’investissement.

Deuxième remaniement, après celui opéré au mois de janvier, le présent changement intervient également à un moment où la gestion des affaires publiques est sur toutes les lèvres, notamment avec la profusion des zones de contestation dans divers secteurs. Le problème de liquidités persiste dans les agences d’Algérie Poste, le débit internet suscite des mécontentements, l’alimentation en eau potable se pose avec acuité dans certaines régions du pays, les souscripteurs au logement (AADL, LPP, LSP..) multiplient les rassemblements contre les retards dans la réalisation des projets datant d’une dizaine d’années, autant de failles qui révèlent l’échec de la gestion de la chose publique.
Il est vrai que le premier magistrat du pays n’a pas caché son mécontentement quant à la réalisation des projets inscrits pour booster le développement local ni sur le travail de l’administration locale tant décriée par les populations. Lors de la réunion gouvernement-walis, M. Tebboune a usé de mots forts pour exprimer sa colère à l’égard des walis et d’autres responsables du pouvoir local, pointant des «forces d’inertie», «blocage volontaire de décisions», «complicité avec la bande»… Il a fait remarquer, par la même occasion, que si «certaines wilayas ont bien réagi», ce n’est pas le cas d’autres qui «patinent». Dans ce qui s’apparente à un réquisitoire contre l’administration locale, le chef de l’Etat a évoqué des «complicités», qui s’expliquent, selon lui, par «le blocage de décisions prises en Conseil des ministres».
Montrant du doigt des «blocages volontaires», le Président a promis que les responsables locaux limogés la veille de la réunion gouvernement-walis seront «soumis à des enquêtes pour déterminer quelles étaient leurs intentions». Parmi les mesures souffrant de cette pratique, indique-t-il, il y a le versement de la prime Covid-19 accordée au personnel médical et l’indemnité décidée au profit des familles démunies. «Pendant trois mois, cette prime n’a pas été versée. Qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que c’est la contre-révolution ? Il y a des complicités à l’intérieur de l’administration. De toute façon, des enquêtes sont en cours pour savoir qui a fait quoi et qui bloque quoi», a-t-il annoncé sur un ton de colère. Depuis, les échos qui parviennent de «l’Algérie profonde» ne prêtent point à la satisfaction, notamment avec la persistance de la gestion chaotique de certains services publics, ce qui provoque la colère des citoyens.
Ce deuxième mouvement dans le corps des walis sous le règne de Tebboune se veut également un message à tous les magistrats locaux auxquels est rappelée l’obligation de résultat dans une conjoncture socio-économique difficile et à laquelle s’est greffée une situation d’urgence sanitaire qui ne peut être jugulée par une administration défaillante. «Je ne comprends pas qu’en 2020, après le Hirak béni, et après tout ce que l’Etat a fait pour régler les problèmes des citoyens, on voit encore des images hideuses», a dit Tebboune à l’adresse des walis, reprochant à des responsables locaux de montrer de fausses réalisations devant les caméras, une pratique qu’il a promis de bannir.
Autrement dit, le limogeage-sanction, qui touche manifestement plusieurs niveaux de la décision – les responsables de la Seaal, l’ADE, l’Oref… – va se poursuivre jusqu’à remettre de l’ordre dans la gouvernance de la chose publique.
Par ailleurs, des walis délégués n’ont pas échappé à ce mouvement puisque six d’entre eux ont été remerciés, dont cinq exerçaient dans la wilaya d’Alger. n