Après le requis qui a laissé sans voix plus d’un, portant réclusion à perpétuité prononcé lundi par le Procureur du Tribunal de Dar El Beïda contre l’étudiant Walid Nekkiche
et son co-accusés Kamel Bensaad, place
à la bonne nouvelle annoncée hier.

Walid Nekkiche, 24 ans et étudiant à l’Institut national supérieur de pêche et d’aquaculture (Alger), a quitté en effet hier matin son lieu de détention pour retrouver sa famille à la faveur du verdict dans lequel il a été condamné à la peine de 6 mois de prison ferme, alors que Kamel Bensaad, 43 ans, a été acquitté.
En plus de la peine de 6 mois retenue contre lui, Walid Nekkiche doit s’acquitter d’une amende de 20 000 DA pour « distribution et possession de tracts pour porter atteinte à l’intérêt du pays », alors que les chefs d’inculpation relevant du criminel ont été annulés, a expliqué le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).
A l’évidence, le verdict sonne comme un désaveu et un camouflet pour le Procureur qui avait annoncé, la veille, « la réclusion à perpétuité » à l’encontre des deux co-accusés. L’écart est tel qu’il n’est pas interdit de s’interroger sur le fondement légal du requis qui aura surpris les avocats des désormais anciens détenus.
« Les accusations sont infondées », ont tenu à dénoncer les avocats, une vingtaine, mobilisés pour défendre la cause des accusés arrêtés, faut-il le rappeler, le 26 novembre 2019 pour Nekkiche et une année plus tard pour Kamel Bensaad.
Mais plus que cet écart entre le requis et le verdict, le déroulement du procès a donné lieu à des révélations troublantes de la part de Walid Nekkiche, qui a déclaré avoir fait l’objet « d’agression sexuelle», de « menaces » et de « torture » par des agents de la sécurité pendant sa garde à vue. Ce à quoi, la défense du détenu a exigé l’ouverture d’une enquête.
« Walid Nekkiche a été torturé, il a été violé », s’est indigné l’avocat Mohand-Tayeb Belarif, qui souligne que les conventions internationales indiquent clairement que « les aveux faits sous les effets de la torture ou de traitements dégradants sont nuls et non avenus ».
Pour sa part, l’avocate Nacéra Haddouche a indiqué qu’avec « ce qu’il a subi, il a perdu ses mots, moi aussi, je n’avais plus de mots », faisant part des recours introduits par les avocats auprès de la Cour sur les sévices subis par le jeune étudiant « auxquels aucune suite n’a été donnée ». Durant les plaidoiries, Maître Belarif a interpellé à sa manière l’appareil judiciaire, de qui il dit attendre une réaction en ouvrant une enquête qui « devient plus qu’une nécessité ».
« L’Etat est en principe obligé de faire une enquête sur les soupçons de torture et de sévices. Mais aucun d’entre vous n’a rien fait », a-t-il lâché à l’adresse de la juge et du procureur. « Walid a déclaré devant le juge d’instructions avoir subi des tortures et sévices durant les 12 jours d’instruction, soit du 26 novembre au 2 décembre, et ce n’est qu’à ce moment qu’il a été présenté devant le procureur qui a ordonné une poursuite et confié l’enquête à un juge d’instruction », a reproché également Maître Nabila Smaïl, qui précise que l’étudiant a été mis sous mandat de dépôt le 2 décembre. La même avocate a indiqué que c’est sa collègue Nacéra Haddouche qui « a déposé une plainte pour tortures, bâtie sur les propos de Walid au juge d’instructions déclarant avoir « subi des tortures et sévices à la fois sur les plans physique et moral ».
D’ailleurs, en signe de solidarité avec Nekkiche, notamment après les révélations qu’il a faites selon ses avocats au tribunal, des étudiants ont tenu, dans la matinée d’hier, des sit-in comme c’était le cas notamment à l’USTHB de Bab Ezzouar et devant la faculté de mathématiques et informatique à l’université d’Oran.