Elle est née en 2011 après une assemblée constitutive par la volonté d’une poignée d’hommes de bonne volonté. Et depuis, elle se bat au quotidien pour ériger des pavillons par des bienfaiteurs pour les malades. Une association avec « un cœur gros comme ça » située sur les terres de Ali-Mendjeli.

L’association Waha d’aide aux malades du cancer, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, se définit comme « accueil, écoute, information, orientation, accompagnement et prévention ». Waha, ce sont aussi des activités récursives en direction des malades où la prévention occupe une place non négligeable, comme la lutte contre le tabagisme en milieu scolaire, l’activité physique, l’assistance et le soutien aux enfants malades. A la veille de l’installation du nouveau siège dénommé Dar Waha, l’association d’aide aux cancéreux, et à l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le cancer, a voulu présenter divers bilans de ses activités. «Nous n’allons pas vous mentir. Les seuls bilans qu’on a sont ceux des malades de la wilaya de Constantine. Nous aurions pu nous étaler et chercher à établir des bilans des wilayas de Tamanrasset ou Mascara, par exemple. Et nous aurions fait du mauvais travail. Nous nous limitons donc à Constantine intra muros pour espérer mener à bien notre mission d’assistance aux malades cancéreux, au sens large du terme », nous dira Ahmed Zemouli, un des membres fondateurs de Waha avec le professeur Aberkane Abdelhamid, médecin, ministre et … bienfaiteur. Pour « fêter » à l’avance l’achèvement des travaux de tous les pavillons de Waha, en principe dans deux mois, les membres de l’association ont voulu nous donner « un bref état des lieux du cancer dans la wilaya de Constantine depuis l’année 2014».
Il s’avère que sur ces quatre dernières années 5 179 nouveaux cas de cancer ont été dénombrés avec une moyenne annuelle de 1 300 nouveaux cas, dont trois sur cinq nouveaux cas sont des femmes.
Ah, ce cancer du sein !
Ahmed Zemouli poursuivra son analyse et nous fera remarquer que «deux faits importants sont à signaler suite à la consolidation des chiffres de l’année 2017 : 866 cas de cancer féminin observés contre 742 cas attendus selon les prévisions. Cette croissance singulière est significativement élevée faisant passer le nombre de cas observés de 795 en 2016 à 866 en 2017. Ensuite, durant l’année 2017, le cancer de la peau a occupé la deuxième place chez l’homme, sachant que ce type de cancer ne faisait même pas partie des 3 principaux cancers chez l’homme». Chez Waha, les patients qui fréquentent le plus les lieux sont des femmes atteintes du cancer du sein soit 3 306 malades dont 1 423 en 2017 et 1 883 en 2018. Le cancer du sein est suivi, durant la même période, des cancers digestifs (251 cas), du cancer du poumon (100 cas) et du cancer de l’utérus soit 81 cas, nous fera-t-on savoir du côté de Waha. L’accueil à Waha ne relève pas uniquement du malade mais aussi de son ou ses accompagnateurs, l’hôpital ne pouvant prendre en charge malade et accompagnateurs et les hôtels se révélant trop onéreux, même pour les bourses relativement fournies. Dans cette optique, l’association a accueilli et pris en charge durant ces 24 derniers mois des malades originaires de 13 wilayas dont 3 537 (1 635 en 2017 et 1 902 en 2018) résidant sur le territoire de la wilaya de Constantine. Outre l’hébergement et les conseils, il y a aussi « un accompagnement médical avec un nombre de conventions avec le secteur public de la santé surtout en ce qui concerne le dépistage précoce des cancers, la multiplication des services de sénologie et l’acte chirurgical du sein, analyses médicales, imageries, consultations, un atelier d’écriture, cellules d’écoute, activités physiques, obtention de cartes divers, Chifa, bus, tramway, etc.», nous expliquera aussi notre interlocuteur.

Le cancer de la peau s’invite
Les données, éléments essentiels pour la prévention, la connaissance et surtout pour la mise en place d’un programme de lutte contre ces pathologies, font que le combat des cancers depuis la création de Waha entre dans la ligne de mire de ses objectifs. Bénéficiant de données recueillies auprès du service d’épidémiologie et de médecine préventive (Semep) du CHU de Constantine, Waha a constitué des bases de données qui lui permettent d’appréhender au mieux ses intentions.
Des registres du Semep, il ressort que 5 179 nouveaux cas de cancer ont été recensés avec une moyenne annuelle de 1 300 nouveaux cas dont cinq sont des femmes, comme mentionné plus haut.
Ahmed Zemouli nous révélera encore que « le taux annuel d’incidence brut chez la femme croît d’une année à l’autre. Cette croissance est principalement observée chez la femme : de 135,1 nouveaux cas de cancers pour 100 000 femmes en 2014 (698 nouveaux cas) à 161,8 nouveaux cas de cancers pour 100 000 femmes en 2017 (866 nouveaux cas) ».
Pour les organes les plus touchés, nous apprendrons que le cancer du sein est de loin le plus important chez la femme avec 45 et 50 % de tous les cancers de la femme. Pour l’année 2017, le cancer de la peau occupe la deuxième place chez l’homme après le colon-rectum et le poumon sont les deux organes que l’on retrouve parmi les trois premiers organes touchés par le cancer Il reste que malgré le retard injustifié et injustifiable qu’enregistre le centre anticancer de Constantine, avec 12 années au stade de projet, il n’en reste pas moins que les efforts d’offres de soins sont rationnels en termes quantitatifs. En effet, la wilaya abrite quatre services d’oncologie dont un de statut privé, deux services de radiothérapie dont un privé, plateau technique, en particulier l’imagerie médicale, plus importante et plus riche, principalement de statut privé, le tout avec un outil très important qui consiste en la mise en place du registre du cancer de la wilaya de Constantine.
Ahmed Zemouli, co-fondateur de Waha, qui a fait les beaux jours de plusieurs entreprises, aussi bien étatiques que privées, reste quand même sur sa faim. « Si techniquement on peut dire que les choses avancent, qu’en est-il des parents pauvres concernant la lutte contre le tabac, le sucre, le sel, les pollutions diverses ? Qu’en est-il des actions de dépistages précoces et organisées du cancer du sein, colon-rectal, col utérin ? », notera-t-il, en espérant que d’autres acteurs influents puissent s’investir dans la lutte contre le cancer. Tous les cancers.