Un repère en or et en diamant pour le sport dans toute sa noblesse et sa mission civique, voire patriotique, mais aussi une source de mélancolie-nostalgie… aujourd’hui ! Fort heureusement que des «gardiens du temple» veillent scrupuleusement et tout aussi assidûment que passionnément à entretenir la flamme du souvenir en ne ménageant aucun effort pour que continuent à vivre dans nos mémoires la… «Bravoure». Il s’agit, en l’occurrence, de l’association des anciens volleyeurs de Béjaïa. Que de mérite !

Par Mustapha Bensadi
Le début de l’histoire de ce fabuleux club omnisport remonterait alors à très loin. Autrement dit à…1898 ! Des disciplines telles que la gymnastique, le basket-ball et le volley-ball ont certes été introduites dans l’éventail des sports pratiqués au sein de ce club, en 1947, mais «gelées» sept années plus tard, c’est-à-dire dès le début de la guerre de libération nationale, en 1954, du moins d’après le recoupement de certains éléments d’archives collectés çà et là Et c’est en 1963 que «le Phoenix renaît de ses cendres» .

L’Ecole dans toutes ses nobles missions et objectifs par excellence
C’est, en effet, en 1963 -soit une année seulement après l’indépendance du pays- qu’accompagné par quelques citadins, Laurent Giacomino, maître d’éducation physique (écoles, collèges et lycée), s’attela à mettre sur pied la toute première équipe (postindépendance) de «La Bravoure» et à lui donner par là-même l’impulsion qui allait la hisser au niveau fort respectable de championnat national, soit la Division d’honneur. Il sera, bien entendu, davantage question de volley-ball, discipline mise en exergue et vecteur sinon exclusif du moins essentiel de prestige et de rayonnement tous azimuts, grâce, notamment, à un engagement toutes voiles dehors et inconditionnel d’éléments des deux sexes n’ayant eu de cesse de constituer un extraordinaire et non moins envoûtant «pôle sympathie», doté, comme par magie, d’un indéniable et admirable pouvoir de séduction. En ce sens que ce seront, ainsi, au fil du temps, des centaines, puis des milliers de jeunes gens, filles, femmes, adolescents et adultes qui percevront «La BB» (La Bravoure de Béjaia) comme un creuset de bonnes volontés, où civisme, bonne éducation, ouverture d’esprit, esprit de corps et bien d’autres valeurs indispensables au fonctionnement d’une société saine régnaient en maîtres. «Mens sana in corpore sano» (Un esprit sain dans un corps sain» en était la devise appliquée au quotidien, l’effort édifiant, source intarissable d’un bonheur moral érigé, au sein, donc de «La BB», en véritable sacerdoce. C’était l’école des sports, évidemment, mais également celle du respect d’autrui, des différences, de la tolérance, par conséquent, bannissant toute forme ou une quelconque propension aux esprits de clan, de secte ou de rejet sectaire.

Des couleurs de «La Bravoure»
De toute évidence, à l’instar, d’ailleurs, de tous les clubs sportifs, l’option pour des couleurs identificatrices chez «La Bravoure» se devait d’obéir à des symboles signifiant toute la philosophie du club. Et ces couleurs étaient le bleu et le blanc. L’incontournable bleu azur du ciel, de la Grande Bleue, dont la magnifique côte de saphir, et ce blanc, symbole de la candeur et de l’hygiène totale, mentale et comportementale. Puissant aimant affectif, «La Bravoure» ne cessait d’attirer nombre de sportifs toutes disciplines confondues.

Synergie, collégialité et complémentarité
Incontestablement admirable, ce phénomène socioculturel qu’était ce cordon ombilical indélébile, liant «La Bravoure» aux sphères culturelle et artistique de l’époque ! «L’esprit» de «La Bravoure» était tel «le fantôme sympathique» qui «hantait» sans cesse associations culturelles et estudiantines, ainsi que le monde de la musique, de l’art, en général. Dont la prestigieuse Ecole de musique avec son créateur, doyen émérite et illustre Maître, le regretté Cheikh Sadeq Lebdjaoui. Fierté de toute l’Algérie et à l’échelle maghrébine, arabe et même européenne, l’association des collégiens, lycéens et étudiants de Béjaïa (à l’époque), ou encore «Les Rythm’s», ce groupe fort sympathique de musique (variétés occidentales et autres) que je dirigeais (Mustapha Bensadi, batteur, en remplacement (rare) de Mustapha Cheklat, guitare solo et chant), un inconditionnel de «La BB», tout comme, d’ailleurs, tous ses musiciens.

En compétitions internationales
Simple. «La Bravoure» a de tous temps séduit les visiteurs, repartant chez eux avec une excellente impression, la bravoure de gens humbles et mus par le seul souci d’ouverture d’esprit, d’amitié sincère… La rencontre avec l’équipe du Mans (nord-ouest de la France, département de la Sarthe), fut un jour de grande fête à Béjaïa, clôturée avec faste après une confrontation des plus fair-play par une superbe et inoubliable soirée-dîner-spectacle à la Grande Terrasse (Tichy), animée par «les Rythm’s». D’entrée, ce soir-là, «les visiteurs français ainsi que tous les convives étaient émerveillés par ce super solo de batterie qui a duré 25 minutes, exécuté par Mustapha Bensadi» (dixit Mustapha Bakour, l’un des piliers de «La Bravoure», témoignage affiché sur Facebook).
Des noms de responsables et de joueurs
Abnégation, amour du club tout à fait désintéressé, le sens aigu du don de soi, telles étaient les caractéristiques saillantes de tous ces… Braves ! Première équipe (1963) : Laurent Giacomino (entraîneur-joueur), les frères Bouchekoura Abdelkader et Mabrouk (dit Mourad), Khodja Djelloul (dit Saci), Zarka Philippe, Guemari Sadek (dit Kamou), Bakour Mustapha, Guemari Kamel, Guemari Djelloul, Benyahia Nadir, Abbou Djazouli. A noter qu’en 1964, le team a vu l’arrivée, en renfort, du Dr. Triki Hadj Yamani (dit Yama), Moulla Mohamed (dit Mamou), Bakour Zahir, Bouzid Abdenour (dit Nonor), Dr. Ouali Omar (pharmacien) et Bouchemal Smaïl.

L’avènement de la deuxième génération, ce fut en 1965/66
La composaient Ibtaten Zahir, Hammamouche Mouloud, Alain Giacomino, Ghoul Abdelghani, surgi comme un diablotin des gradins, passant du «statut» d’inconditionnel supporter à celui de brillant athlète sur le terrain, forçant l’admiration et le respect de ses aînés ! C’était Ghani Ghoul ! Hamadi Youcef, Aït Meddour Abdelaziz, Bessal Tahar, Keramane Noredine, Touati Abdeslam, Bournine Larbi, Cherfa Djamel, Achour Djelloul, Trabelsi Boualem et Tiab Djamel.
Ce fut enfin en 1967/68 qu’accoururent, pour reprendre le flambeau, des lycéens et des collégiens (lycée Ibn Sina et collège des Frères-Amrane). Le défunt Laurent Giacomino en étant, à l’époque, maître d’éducation physique, Touati Nadir, Taghanemt Fatah, Rabia Lakhal, Hakmi Omar, Keramane Toufik, Mebarki Mokhtar et Ouakouche Farès.
Et comment conclure sans évoquer, non sans une sincère déférence, les noms des dirigeants, d’authentiques responsables dans la pleine acception du terme, donc au double plan des sentiments et du devoir moral.
Il s’agit de Abbou Mabrouk (dit Si Mabrouk Ouhammache), Baba Ali Bouchekoura, (Que Dieu ait leurs âmes), Bedder Moussa, Gaoua Rachid, Ziani Mustapha, Nazef Mahieddine, Bouyahia Reda, Boudjeloud Mustapha, Irbah Boubekeur et Ibrouchen Kamel. Abdelli Toufik, le regretté Dadi Adjlia ainsi que Ouakouche Zoubir se distinguaient, particulièrement, par leur intense attachement au Club des Bleus et Blancs de «La Bravoure». Il y en avait bien d’autres, sans aucun doute, et la liste est si longue, ceci pour ne pas frustrer les innombrables amoureux et fidèles «inconditionnels fans» de «La Bravoure», de «La BB», comme on aimait à l’appeler. «La Bravoure» ? Une référence en matière de philosophie sportive, un repère en or et en diamant tant au plan de la déontologie sportive et du palmarès fair-play qu’à celui de l’éducation civique. Une page, en tout cas, et pas des moindres, de l’histoire de Béjaïa, «Bougie», l’inextinguible chandelle du raffinement. «Hamleghkem, N’hebbek, je t’aime, Ti amo, I love you… BB, Béjaïa-Bravoure…