De nombreux professionnels avicoles jugent que la levée de la TVA sur le maïs et le soja n’aura qu’un faible impact sur le prix du détail de la viande blanche. En revanche, la régulation de la production nationale peut le faire baisser.

La filière avicole fait encore parler d’elle et pratiquement sur la même problématique, celle de la cherté des aliments de base, composés essentiellement de maïs et de soja. Ils sont indispensables pour l’élevage du poulet de chair. Selon les aviculteurs, la cherté de l’aliment fait grimper le coût à la production et, par voie de conséquence, les prix sur les étals des détaillants. 

Ils estiment que si l’on veut que les prix reviennent à des niveaux plus raisonnables, il va faloir geler la TVA imposée sur le maïs et le soja. Une approche qui a connu un écho favorable, puisque le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a instruit, lundi dernier, le ministère des Finances pour la suppression provisoire de l’application de la TVA sur le maïs et le soja. Selon le président du Conseil national interprofessionnel de la filière avicole (CNIFA), Koli El Moumen, cité par l’APS jeudi dernier, «c’est de bon augure pour les éleveurs, mais il reste à savoir pour combien de temps va durer ce gel». 

Rappelons qu’en 2012 et 2014, le gouvernement avait également décidé de geler la TVA sur ces deux intrants et pourtant les prix sur les étals ont continué depuis à évoluer à la hausse, donnant ainsi de l’eau au moulin de nombreux observateurs, pour qui la cherté de l’aliment n’est pas la seule raison qui rend le poulet de chair aussi cher sur les étals des détaillants. On le saura dans quelques semaines si effectivement le gel de la TVA se traduira ou pas par une baisse des prix. Cela dit, il est utile de savoir que pour les besoins de la filière, le pays importe 90% des besoins en maïs et soja. On peut avancer que le gel de la TVA va certainement inciter les aviculteurs à passer commandes auprès de leurs fournisseurs d’aliments sachant pertinemment que les prix vont baisser. En effet, selon le président de la filière, le prix du maïs devrait baisser à
2 600 DA le quintal, contre 3 400 DA actuellement et «par voie de conséquence, on peut s’attendre à ce que le prix du poulet baisse sur les étals des détaillants», a-t-il indiqué. Il n’en demeure pas moins que la filière souffre de plusieurs dysfonctionnements, «c’est pourquoi nous avons tenu le mois dernier une réunion de travail au siège du ministère de tutelle, durant laquelle ont été débattus les aspects liés à l’organisation des différents maillons de la filière avicole. Comme a été abordée la question de l’exonération de la TVA sur l’aliment et les modalités de sa mise en œuvre si le gouvernement venait à décider de la geler», a fait savoir le président de la filière avicole. 

Toujours à propos de TVA, il y a lieu de rappeler qu’au sein de la filière avicole, on a toujours mal accueilli cette taxe sur la valeur ajoutée. Car, selon les éleveurs, «elle est à l’origine des déboires qu’ils rencontrent. Comme elle est devenue une sérieuse entrave au développement de la filière avicole en entier». Il faut souligner dans ce sens que cette filière hautement stratégique n’arrive toujours pas à connaître une stabilité dans son activité. Et pourtant le ministère de l’Agriculture et du Développement rural, épaulé par le comité interprofessionnel de la filière avicole, n’a eu de cesse de prendre des mesures de soutien qui ont concerné aussi bien l’amont que l’aval de la filière. Or, aujourd’hui, force est de constater que la filière reste exposée aux mêmes problèmes.

Et pourtant, ces derniers ont été maintes fois portés à la connaissance à qui de droit, «mais tout se passe comme si de rien n’était», diront d‘anciens aviculteurs. Certains, rencontrés lors de séminaires et autres salons de l’agriculture nous ont affirmé que «la filière fait face à de nombreuses contraintes qui rendent sa survie absolument aléatoire, à l’image de ce pullulement de petits élevages (5 000 sujets et moins). 

Cette armada de petits éleveurs non agréés gangrènent la filière», nous ont-ils fait remarquer. Soutenant dans la foulée qu’«il ne s’agit pas d’un problème de hausse des prix de l’aliment, ce qui se confirme de jour en jour, mais aujourd’hui la menace vient de la désorganisation totale du secteur faute d’une dynamique nouvelle dans la filière qui la mettrait une fois pour toutes à l’abri d’aléas qui pourraient intervenir». 

Pour ces derniers, l’avenir de la profession dépend essentiellement de la gestion des reproducteurs des sujets avicoles et de l’aliment de base qui continuent de dépendre de l’importation. Une tendance qu’il faut vite inverser. ν