Le chef de l’Etat de Russie accuse les Etats-Unis de faire traîner le conflit en Ukraine. Il accuse les puissances occidentales de chercher à maintenir l’ordre impérialiste ancien partout dans le monde, y compris en Afrique.

Synthèse Halim Midouni
Le président russe Vladimir Poutine a accusé, mardi 16 août, les Etats-Unis de faire traîner le conflit en Ukraine. «La situation en Ukraine montre que les Etats-Unis cherchent à faire traîner ce conflit», a-t-il déclaré. Ils agissent de la même manière en cultivant la possibilité d’un conflit en Asie, en Afrique, en Amérique latine», a-t-il ajouté.
Le chef de l’Etat russe s’est exprimé à l’occasion du Forum militaire et technique 2022, une Conférence internationale sur la sécurité qui se tient du 15 au 21 août dans la ville de Koubinka, à une soixantaine de kilomètres de Moscou. Il a profité de cet évènement international pour dénoncer une «démonstration insolente» du manque des Etats-Unis et des Occidentaux «de respect envers la souveraineté des autres pays et leurs obligations internationales».

Conserver leur hégémonie et attiser les conflits dans le monde
Pour Vladimir Poutine, les Etats-Unis et les «élites mondialistes» tentent de conserver leur hégémonie en cherchant à faire perdurer la guerre en Ukraine et en attisant des conflits dans le monde entier, y compris en Afrique. Il a indiqué constater que l’Otan avançait vers l’Est, renforçant ses infrastructures militaires, sa défense antiaérienne et ses capacités d’offensive.
Selon le chef du Kremlin, l’Alliance atlantique justifie de manière hypocrite ses démarches par la nécessité de renforcer la sécurité en Europe, alors que la réalité est complètement à l’opposé». «Tous les moyens sont utilisés.
Les Etats-Unis et leurs vassaux s’immiscent grossièrement dans les affaires intérieures des Etats souverains : ils organisent des provocations, des coups d’Etat, des guerres civiles. Menaces, chantages et pressions tentent de contraindre des pays indépendants à se soumettre à leur volonté, à vivre selon des règles qui leur sont étrangères», a-t-il martelé.
«Tout cela est fait dans un seul but, maintenir leur domination, le modèle qui permet de parasiter le monde entier, comme il l’était des siècles auparavant. Un tel modèle ne peut être maintenu que par la force», a-t-il encore dit, ajoutant que les Occidentaux «continuent de nourrir avec divers armements lourds le régime de Kiev, qu’il accuse de néonazisme et des «massacres d’habitants du Donbass». Les Etats-Unis, a-t-il poursuivi, essayent de faire traîner en longueur ce conflit (ukrainien, ndlr), comme le montre la situation actuelle.
Dans son réquisitoire anti-américain, le Président russe a affirmé que Washington «se sert de la même stratégie pour embraser des conflits en Afrique, en Asie et en Amérique latine». En revenant sur la visite, il y a plus de deux semaines, de la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à Taïwan, M. Poutine l’a qualifiée d’«élément de la stratégie américaine voulue et ciblée pour déstabiliser la situation dans la région et le monde entier».
L’intervention du chef de l’Etat russe contient l’idée que les Etats-Unis et les autres puissances occidentales sont responsables de la guerre en Ukraine, un conflit qui a débuté le 24 février dernier et dont beaucoup pensaient à tort qu’il allait vite se terminer. Erreur stratégique de l’Etat-major des armées russes sur l’issue des «opérations spéciales» en Ukraine ? Cette question est posée depuis des semaines déjà, mais toute réponse à ceux qui la formulent en dehors de toute considération pour un camp ou pour un autre s’avère très risquée.
Une chose est sûre, cependant, ce qu’a dit hier le président Poutine sur l’engagement d’acteurs non ukrainiens dans le conflit confirme l’ampleur de l’aide occidentale, notamment en matière de renseignements, de formation et de livraison d’armes modernes. Un paramètre qui va certainement peser sur les développements militaires en Ukraine mais également ailleurs dans le monde où la Russie est engagée dans une compétition géostratégique et des luttes d’intérêts contre d’autres pays occidentaux, l’Afrique qu’il a nommément citée et où son pays est présent, en Centrafrique et, plus récemment et plus manifestement près de nous, au Mali. Et qui incite l’homme fort du Kremlin à jouer sur plusieurs tableaux : sensibiliser davantage l’opinion mondiale non totalement acquise aux thèses occidentales sur la position de la Russie, une puissance qui entend préserver sa sécurité et ses intérêts vitaux à ses frontières occidentales face à l’expansionnisme états-unien.

Compétition géostratégique et des luttes d’intérêts
L’Objectif est de présenter la Russie en champion d’un monde libéré de l’ordre ancien marqué par l’«impérialisme» occidental. Il est de le clamer devant les représentants des pays participants au forum militaire et sécuritaire – 50 délégations étrangères – en affirmant que Moscou défend un monde multipolaire et entend créer pour cela de nouveaux mécanismes de stabilité internationales avec ses alliés et partenaires. Non sans promouvoir l’armement russe, ses nouveautés techniques et non sans conclure de nouveaux contrats de vente à l’export. Environ 1 500 entreprises du complexe militaro-industriel participent au Forum de Koubinka pour présenter plus de 1 000 échantillons de nouveaux équipements militaires, notamment dans le secteur de l’intelligence artificielle, des technologies électroniques et de l’information, précisent les médias russes. La Défense russe prévoit d’y conclure au moins 36 contrats d’Etat pour un montant total de plus de 522 milliards de roubles (plus de 8 milliards d’euros). D’après des médias russes, l’un des joyaux du Forum de Koubinka est le modèle de la nouvelle station orbitale, dont le projet est élaboré par la société russe du secteur spatial RKK Energuia. Il sera exposé pour la première fois. A côté, d’autres équipements sophistiqués sont présentés comme le nouvel appareil de télécommunication destiné au nouvel avion de combat furtif Soukhoï Su-75 Checkmate, le nouveau véhicule de combat d’infanterie robotisé de classe BMP-3 sans équipage, des prototypes d’exosquelettes militaires universels ou le nouveau modèle de missile antichar 9K-121 Vikhr, adapté pour les hélicoptères Mi. Un patrouilleur côtier modernisé de classe Raptor, une nouvelle mine côtière antiparachutiste, des appareils sous-marins de classe KIT-3000 et de Clavecin-2R-PM, sont également à l’affiche du forum où les représentants des ministères de la Défense de plus de 50 pays sont attendus. «Les délégations étrangères pourront prendre connaissance de plus de 200 échantillons parmi les plus prometteurs de toutes les branches des forces armées», a indiqué dans une déclaration aux médias russes le PDG de la société spécialisée dans l’exportation militaire, Rosoboronexport, Alexandre Mikheïev. n