Retenue parmi les neuf films du concours documentaire de la huitième édition du Festival international du cinéma d’Alger (FICA), « Vivre avec son œil », réalisé par Naïs Van Laer, était mercredi dernier à l’affiche de la salle El Mougar. Le film, sorti en France en 2017

, mettant en avant – au travers d’une œuvre captivante, poétique, laissant une large place à l’aspect artistique – deux étapes du parcours et du cheminement anticolonialiste du photographe Marc Garanger, la réalisatrice, s’attardant ainsi sur ses années de service militaire en Algérie, où il réalisera notamment des photographies dans les camps de regroupement, mais aussi sur ses reportages réalisés quelques années plus tard en Sibérie (pour la revue France-URSS) auprès des peuples nomades, des shamans de la taïga luttant pour la préservation de leur culture.
En effet, le documentaire a été projeté à Alger, en préséance, de la réalisatrice Naïs Van Laer et du photographe Marc Garanger, ce dernier expliquera à propos des conditions dans lequel il réalisera les clichés durant la guerre d’Algérie, alors qu’il était soldat dans un régiment basé à Sour El Ghozlane (Bouira). « J’ai immédiatement fait savoir que j’étais photographe en montrant quelques clichés que j’avais pris (…) Le commandant a dit que cela l’intéressait et il m’a nommé photographe du régiment. Un poste qui officiellement n’existait pas. » Ainsi, Marc Garanger, soulignera qu’il était dès cette époque convaincu de l’impasse de la colonisation. « Le commandant était persuadé que je ferais des photos à la gloire de la colonisation (…) Chacun ne voit dans une photo que ce qu’il a lui-même dans la tête », précisera, par ailleurs, à propos du parcours de ces photographes. « Vers la fin de la guerre, les camps de regroupement ont été créés. Il fallait photographier et donner des cartes d’identité à ces personnes. Une volonté de ficher les gens (…) Moi, la photographie d’identité ne m’intéressait pas. Le commandant voulait des photos, il n’a jamais parlé des négatifs (…) A la fin de mon service militaire, j’ai fermé ma valise en emportant les négatifs (…) L’armée ne me les a jamais réclamés depuis. » Revenant, quant à elle, sur la réalisation de son second film après « Tiers-paysage », sorti en 2011, Naïs Van Laer, artiste issue des Beaux-arts, nous précisera en substance que l’idée du film – fruit d’une rencontre en 2010 avec le photographe, a l’occasion de l’attribution d’un prix pour l’ensemble de son œuvre par le New York Photo Festival – aura été plus spécialement de questionner sur les aspects que peut prendre la colonisation, en tant que vision des rapports entre humains. «Le choix a été de structurer le film autour d’une forme de prise de conscience politique anticolonialiste pendant la guerre d’Algérie, quand Marc Garanger avait 20 ans, et une prise de conscience plus philosophique auprès des peuples nomades de Sibérie, et avec Catherine, son épouse, quand il avait 40 ou 50 ans (…) Ces deux histoires, en Algérie, et avec les peuples nomades de Sibérie, qui luttent également pour leurs culture, c’est aussi proposer une réflexion plus globale sur la colonisation. En Algérie, elle a fini par prendre le nom de guerre, et pour d’autres peuples dans le monde, qui subissent une forme de colonisation culturelle, une acculturation cela n’a toujours pas de nom ».n.
N. K.