La colère populaire au Maroc contre la normalisation avec Israël est en train d’atteindre le point de non-retour. Longtemps contenue, ou timidement exprimée après l’officialisation de cette opération de «trahison contre le peuple palestinien», l’intense indignation du peuple marocain causée par le comportement de ses responsables politiques a fini par exploser en véritable bombe à retardement la semaine dernière, suite à la provocation de trop, enclenchée par la visite au Royaume du ministre israélien de la Défense Benny Gantz et la signature d’un protocole d’accord militaire israélo-marocain.

Par Feriel Nourine
A l’appel de plusieurs associations et représentants de la société civile dans le pays, les Marocains sont descendus massivement dans la rue, mercredi dernier, pour dire leur refus à la normalisation et signifier à l’hôte de leurs gouvernants qu’il n’était pas le bienvenu sur leurs terres. La réaction des manifestants était d’autant plus expressive qu’elle ripostait aussi à un accord-cadre, signé entre le régime du Makhzen et l’entité sioniste, pour «renforcer la coopération sécuritaire entre les services de renseignement marocains et israéliens», un an à peine après la normalisation de leurs relations qui suscite une large contestation au Royaume.
Alors que les voix nombreuses de la protesta grondaient sur la place publique de plusieurs villes du pays, avec des manifestations organisées même en nocturne, les internautes se relayaient sur les réseaux sociaux pour réagir avec véhémence à la visite du ministre sioniste.
Dépassées par les événements, les forces de sécurité marocaines n’ont pas hésité à faire usage de violence et de brutalité à l’égard des manifestants, notamment devant le siège du Parlement à Rabat où ces derniers ont été réprimés pour avoir occupé les lieux à l’appel du Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation, pour lancer des slogans condamnant la visite du responsable sioniste et rejeter la position du régime marocain. La «normalisation est une honte» pour le Maroc et «une trahison» pour la cause palestinienne, ont-ils alors dénoncé, non sans faire remarquer que leur position «traduit celle du peuple marocain qui refuse depuis toujours tout rapprochement ou normalisation avec les sionistes et qu’il est et restera toujours aux côtés des Palestiniens et de leur juste cause».
La contestation ne s’est pas tue. Elle se fait toujours entendre au Maroc et, mieux, elle devrait atteindre une dimension inédite, aujourd’hui, après l’appel lancé par le même Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation pour de nouvelles manifestations dans la rue. Les initiateurs de cette nouvelle action contre le «complot», associant le Makhzen à l’entité sioniste contre la cause palestinienne et tous ceux qui la soutiennent, ont choisi la célébration de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien pour faire entendre leur colère et leur indignation. Coïncidant avec le 29 novembre de chaque année, cette journée a sans doute une forte portée symbolique dans la résistance du peuple palestinien face à la sauvagerie de l’armée israélienne. En ce sens, le front pourra compter sur la participation de 28 villes aux manifestations d’une journée qui s’inscrit d’ores et déjà en lettres d’or et de dignité pour le peuple marocain et en souvenir honteux pour les gouvernants de ce pays.
L’annonce de cette participation massive a été annoncée dans un communiqué par les organisateurs de l’action de protestation. «Nous refusons que le Maroc soit un véhicule pour l’entité sioniste pour réaliser ses projets d’expansion dans la région du Grand-Maghreb, ou un pont vers les pays africains au détriment des droits et du sang palestiniens», a indiqué le front dans son communiqué, réitérant sa «solidarité absolue avec le peuple palestinien jusqu’à la libération et son droit au retour et la construction de son Etat indépendant avec El Qods pour capitale.
Il a également condamné, une nouvelle fois, «les crimes sionistes et les pratiques racistes d’Israël contre le peuple palestinien», appelant «les peuples libres du monde et l’ONU à assumer leurs responsabilités face aux violations des droits humains de l’entité sioniste contre le peuple palestinien.