Par Khaled Remouche
L’Algérie, pour un large cercle d’économistes nationaux, n’a pas de vision économique à long terme. Elle n’a pas de véritable structure de planification stratégique ou de prospective. La création d’un ministère délégué à la Prospective a fait croire que cette faille allait progressivement être comblée. Il n’en fut rien, puisque le ministère de la Prospective allait disparaître de l’organigramme du gouvernement avec une fin de mission signifiée à son ministre. Résultat des courses, l’Algérie navigue à vue avec cette fin d’illusion que le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) allait se charger de cette fonction si fondamentale dans le développement du pays. Mahmoud Ourabah, spécialiste du développement économique, livre dans une contribution publiée par El Watan quelques principaux ingrédients de cette planification. Après avoir diagnostiqué les erreurs de développement durant la période 1966-80 puis, les années 1990 et, enfin, de ces vingt dernières années, il esquissera les ingrédients de cette planification stratégique. Pour le spécialiste, il convient de ne pas refaire les mêmes déviations qui ne permettent pas à l’Algérie jusqu’à aujourd’hui de se doter d’une économie capable de satisfaire les besoins essentiels de sa population. Plus précis, le développement, ajoute le spécialiste, est l’édification d’une économie nationale autocentrée, capable de satisfaire dans la durée les besoins premiers de sa population. En résumé, la principale faille dans le développement économique du pays, durant la cinquantaine d’années d’efforts de développement, a été la faiblesse du développement institutionnel, c’est-à-dire la capacité de guider, d’accompagner et de soutenir le développement économique. Les traits de ces déviations, pour Mahmoud Ourabah, sont la capacité nationale de réalisation et l’intégration économique. Pour le premier, l’Algérie reste dépendante des entreprises étrangères. Pour le second, les biens produits par l’appareil de production restent pour la grande majorité une importation déguisée ou du moins à faible valeur ajoutée. De ces faiblesses apparaît l’importance de la planification stratégique. Premier pas : dresser une perspective économique 2024-40. En trois, quatre ans, organiser cette planification stratégique en constituant une équipe restreinte de compétences disponibles en Algérie ou à l’étranger qui serait à même de la gérer. Cette équipe serait composée de 5 à 10 professionnels, placés à un niveau institutionnel adéquat. L’autonomie intellectuelle de ces compétences devra être préservée.
Il s’agit dans cette planification stratégique «d’inverser les priorités avec la confection d’une perspective à long terme qui doit guider les budgets et actions court terme, dans laquelle la fortification du capital humain doit être hautement prioritaire, beaucoup plus que le pétrole». Le but de cette planification stratégique serait centré sur les conditions à réunir pour que «le renforcement du capital humain soit effectivement visé et garanti». Il appartient à ce groupe de planificateurs «de sélectionner et conclure des contrats de partenariat avec des partenaires internationaux, intéressés par l’exploitation en commun des matières premières». Ces contrats de planification de développement, «basés sur l’exploitation de matières premières, devraient se cadrer et s’articuler sur la transformation partielle en Algérie de ces matières premières et l’utilisation de ressources humaines algériennes qualifiées», soit «l’émergence d’une myriade de nouvelles entreprises» et, donc, «d’une économie productive qui va absorber la masse de diplômés qualifiés des universités et écoles supérieures» et éviter à cette catégorie de population «la perspective du chômage ou de départ vers l’étranger».
L’orientation est d’aller vers une économie de la connaissance avec l’objectif de contribution des cadres à 40% du PIB, c’est-à-dire de la richesse nationale en 2040 contre 10 à 12% aujourd’hui. n