Le président français, Emmanuel Macron, a évoqué la question de la délivrance de visas aux demandeurs maghrébins, défendant le principe de la «fermeté» qui commence, selon lui, à «porter ses fruits», considérant que «le coup de chauffe des derniers mois a eu de l’effet».

PAR NAZIM BRAHIMI
S’exprimant en marge du sommet sur la Francophonie qui s’est ouvert samedi à Djerba en Tunisie, le président français a donné également une indication à ce sujet.
«On voit que les retours des migrants expulsés sont facilités», a-t-il dit à quelques mois seulement de l’examen par l’Assemblée française du nouveau projet de loi «immigration» qui doit être examiné début 2023.
Début novembre, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et celui du Travail, Olivier Dussopt, ont affirmé vouloir, dans un souci d’«équilibre», créer un titre de séjour «métiers en tension» pour les travailleurs sans papiers déjà sur le territoire, à côté de mesures visant à améliorer les reconduites à la frontière au moment où des observateurs estiment que le gouvernement rallie les thèses et revendications de la droite.
En septembre 2021, Paris avait décidé de réduire de 50% le nombre de visas accordés à l’Algérie et au Maroc pour mettre la pression sur des gouvernements jugés trop peu coopératifs dans la réadmission de leurs ressortissants expulsés de France alors que le taux de refus avait atteint 30% pour la Tunisie.
«Je pense qu’au moins on a eu un débat de vérité ces derniers mois sur le sujet des visas», a estimé, avant-hier le chef d’Etat français, mettant en avant le fait que les personnes en situation irrégulière étaient le fruit de «trafics organisés».
Macron a ajouté, à ce propos, que «dans le cadre de notre partenariat, il faut que les pays les reprennent», a-t-il fait savoir pointant du doigt la réaction des gouvernements des pays du Maghreb.
«Le refus de reprendre des ressortissants expulsés n’est pas acceptable», a-t-il également insisté, considérant que la susceptibilité est des deux côtés et que la France a «le droit d’être susceptible aussi».
En revanche, Macron s’est déclaré une nouvelle fois favorable «à la mobilité» des étudiants et à la «mobilité économique, académique, politique», estimant que cette mobilité a été «mise en danger par de nombreux pays qui n’ont pas tenu leurs engagements vis-à-vis de la France».
Interrogé par le quotidien «Le Monde» dans sa parution du 2 novembre, dans le sillage de l’affaire Lola, du nom de la jeune fille tuée par une ressortissante algérienne sans papiers, sur l’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF), Gérald Darmanin a répondu qu’il y a «près de 50 % des OQTF qui font l’objet de recours qui les suspendent».
Pourquoi la France n’en a exécuté qu’une faible part sur les 122 000 OGTF en 2021 ? «L’une des dispositions du projet de loi qui sera examiné début 2023 au Parlement est de fortement simplifier les procédures et de passer de douze à quatre catégories de recours, pour exécuter beaucoup plus rapidement les mesures», a fait savoir Darmanin. «Ensuite, pour calculer le taux d’exécution, on ne compte que les départs aidés et les départs forcés, soit près de 17 000 éloignements, en 2021. Or, des milliers de personnes quittent le territoire après avoir reçu une OQTF, sans qu’on le sache», a-t-il fait remarquer. «Nous allons désormais inscrire toutes les OQTF au fichier des personnes recherchées, le FPR. Il ne s’agit pas de rétablir le délit de séjour irrégulier mais de pouvoir constater que la personne repart, comme lorsqu’elle reprend un avion, et ainsi de compter tous les départs d’étrangers», a-t-il encore souligné.
Entre l’Algérie et la France, le sujet a été à l’ordre du jour de la 5e session du Comité intergouvernemental algéro-français de haut niveau qui s’est tenu les 9 et 10 octobre à Alger. «La France et l’Algérie sont appelées à relancer le dialogue autour des questions inhérentes à la circulation des personnes, à la migration et à la réadmission des personnes, conformément à la Déclaration d’Alger, dans un climat empreint de confiance et de pragmatisme», a déclaré le premier ministre, Aïmene Benabderrahmane.
«Le partenariat exceptionnel auquel aspirent l’Algérie et la France ne doit pas se heurter à des difficultés qui seraient facilement surmontables, comme l’octroi de visas et la question du plan de sécurité réalisé par les autorités françaises, lequel ne reflète nullement la réalité de l’Algérie d’aujourd’hui», a-t-il plaidé.
Pour sa part, la première ministre française, Elisabeth Borne, a indiqué à RFI au terme du même événement que les échanges qui ont pu intervenir entre Gérald Darmanin et Brahim Merad «ont été très utiles».
«Je pense qu’on se comprend bien, qu’on a pu partager nos attentes réciproques, et je n’ai pas de doute que c’est quelque chose qui va pouvoir se régler maintenant rapidement.», a-t-il déclaré.
De son côté, l’ambassadeur de France à Alger, a indiqué que «la mobilité se conçoit de manière dynamique… Naturellement, il faut que ceux qui concourent à la vitalité de la relation entre la France et l’Algérie puissent se rendre plus facilement en France, le Président Macron l’avait dit, et c’est clairement dans cette perspective que nous nous situons». <