A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la librairie des Beaux-Arts d’Alger, au 28, rue Didouche-Mourad, accueillera aujourd’hui lundi 8 mars, à 14 heures, une séance de vente-dédicaces avec la psychanalyste Faïka Medjahed co-auteur de «Viols et filiations : incursions psychanalytiques et littéraires en Algérie», publié aux éditions Koukou.
A propos de cet ouvrage coécrit avec la critique littéraire Christiane Chaulet-Achour, publié le 8 mars 2020 et toujours au cœur de l’actualité, contactée, hier, par Reporters, Faïka Medjahed nous confie que «dans cet ouvrage, nous avons comparé nos deux disciplines, la littérature et l’écoute psychanalytique, pour comprendre pourquoi la violence faite aux femmes pose problème dans notre société». Elle précise qu’à travers cet ouvrage, qui comporte des témoignages recueillis par elle-même dans le cadre de son travail de psychanalyste, et par Christiane Chaulet-Achour, relevé dans le monde de la littérature, le constat est qu’«on s’est rendu compte que cette violence existe depuis bien longtemps et que nous avons, en Algérie, une mémoire traumatique qui remonte à très très loin». Enchaînant que le constat est que «cela continue à travers les générations», se désolant qu’«il y a une transmission du traumatisme en Algérie concernant la filiation et le viol».
Concernant la spirale de la violence contre les femmes dans le milieu familial, Faïka Medjahed, qui a également travaillé en tant que responsable de la santé de la femme à l’Institut national de la santé publique (INSP), confie : «Déjà en 1995, lors d’une enquête au niveau de l’INSP, on est arrivé à la conclusion que les violences sont intrafamiliales. C’est-à-dire que c’est à l’intérieur de la famille que la femme subit le plus la violence.» Déplorant que «normalement c’est dans l’entourage familial qu’elle est censée être protégée».
Mettant en relief l’omerta qui pèse sur ce type de violences commises souvent contre les victimes par des proches masculins, la psychanalyste souligne qu’«il faut absolument que les victimes puissent parler. Pour cela, il est nécessaire de créer des lieux sécurisés pour qu’on soit à leur écoute afin de briser le silence sur ces violences et la chaîne de la transmission des traumas».
Faika Medjehed déplore, toutefois, «l’absence de mécanismes et de lieux de paroles, où les femmes peuvent s’exprimer en toute sécurité en ne se sentant pas menacées à nouveau». A cet effet, elle lance un appel aux autorités concernées pour que «des institutions ouvrent des centres d’écoute et que les moyens soient donnés aux associations féministes pour qu’elles puissent ouvrir des centres d’écoute et d’accueil pour les femmes victimes de violences». Elle insiste ainsi sur le fait qu’il est «important pour ces femmes de s’exprimer et d’exposer leurs drames afin qu’elles puissent se reconstruire sur des bases saines en se libérant de ces traumas qui traversent les générations».
D’autant que ces femmes sont courageuses car elles arrivent à transgresser «une forme de sommation pour accepter cette violence en gardant le silence».
D’ailleurs, la psychanalyste a confié, samedi dernier, lors d’une rencontre-débat organisée à Tizi-Ouzou que «les violences faites aux femmes et les féminicides ont toujours existé, mais les réseaux sociaux ont révélé leur ampleur». Regrettant toutefois qu’«aujourd’hui, nous savons qu’ils existent et que nous les tolérons».
Il est à noter, à propos de l’ouvrage «Viols et filiations : incursions psychanalytiques et littéraires en Algérie», tel qu’il est souligné dans la préface, que la démarche se tisse autour d’une interrogation cardinale : de quelles transmissions taiseuses avons-nous hérité, nous, les Algériennes et Algériens, pour laisser nos symptômes parler à notre place ?
Citons un extrait de la conclusion de cet ouvrage : «Les textes analysés, qu’ils soient littéraires ou issus des cures psychanalytiques, montrent bien les ratés, les dysfonctionnements et les entraves dans le collectif et dans les parcours individuels. Néanmoins, la voie vers autre chose est possible et les silences chahutés par des narrations multiples peuvent aider à lever la chape de plomb». <