Telle une traînée de poudre, la colère aux Etats-Unis semble prendre des proportions de plus en plus graves. L’Amérique, en proie à un déferlement de colère historique, accapare l’intérêt médiatique mondial sur fond de violences policières, de racisme et d’inégalités sociales. La pandémie de la Covid-19, qui a lourdement frappé ce pays, ne fera qu’ajouter à la déchéance.

Optant pour la politique du pire, le Président américain Donald Trump a promis de restaurer l’ordre et de déployer l’armée pour faire cesser les violences. Une attitude qui ne fera qu’exacerber les colères. Alors que des centaines de milliers d’Américains protestent contre les brutalités policières, le racisme et les inégalités sociales, exacerbés par la crise de la Covid-19, Donald Trump est confronté aux désordres civils les plus graves de son mandat. Face aux évènements se rajoutant à la situation de pandémie de coronavirus, il avait annoncé plus tôt, d’un ton martial, le déploiement dans la capitale de «milliers de soldats lourdement armés» et de policiers pour mettre un terme «aux émeutes» et «aux pillages».
Une semaine après l’assassinat à Minneapolis de George Floyd, un homme noir de 46 ans, asphyxié sous le genou d’un policier blanc, l’Amérique a basculé dans la colère. New York, Los Angeles et des dizaines d’autres villes américaines ont renforcé leurs mesures sécuritaires, décrétant ou rallongeant un couvre-feu nocturne pour vider les rues. Une réaction particulièrement critiquée par les adversaires politiques de Trump. «Il utilise l’armée américaine contre les Américains», a dénoncé sur Twitter Joe Biden, son adversaire à la présidentielle de novembre prochain. De Boston à Los Angeles, de Philadelphie à Seattle, le mouvement de protestation a donné lieu à des embrasements nocturnes. Au cœur des manifestations, les slogans «Black Lives Matter» (la vie des Noirs compte) et «I can’t breathe» (Je ne peux pas respirer), les derniers mots de Floyd gisant par terre, menotté et le cou sous le genou d’un policier, dont les collègues restaient passifs. Une image qui n’arrête pas de faire le tour du monde suscitant consternation et colère.
Inédit depuis
les années 1960
Ni le renvoi de l’agent assassin ni son arrestation n’ont calmé les esprits et les protestations qui ont touché au moins 140 villes américaines. Face aux affrontements mêlant manifestants, casseurs et forces anti-émeutes, les soldats de la Garde nationale ont été déployés dans plus d’une vingtaine de métropoles, dans un climat de tension inédit depuis les années 1960. L’émotion a même dépassé les frontières des Etats-Unis. Des manifestations contre les brutalités policières et le racisme aux Etats-Unis ont aussi eu lieu en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Irlande, aux Pays-Bas, au Canada et en Nouvelle-Zélande. Certains pays n’ont pas tardé à réagir pour pourfendre une Amérique d’habitude gendarme du monde.
Chine et Iran en tête, n’ont, eux, pas laissé passer l’occasion pour retourner les critiques qui sont d’habitude l’apanage de Washington. Pékin a notamment dénoncé la «maladie chronique» du racisme aux Etats-Unis. Ironie des évènements, les Etats-Unis de Trump se retrouvent tout d’un coup au cœur d’une grave situation qui ne fait que ressortir les vieux démons de ce pays à l’histoire sociale tumultueuse. La pandémie et les manifestations provoquées par la mort de George Floyd mettent en évidence les «discriminations raciales endémiques» aux Etats-Unis, a déclaré la Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, ajoutant que «ce virus révèle des inégalités endémiques trop longtemps ignorées».
A cinq mois de la Présidentielle
Chicago, Denver, Los Angeles, Salt Lake City, Cleveland, Dallas, Indianapolis, une à une les métropoles américaines ont décidé d’imposer un couvre-feu à leurs habitants faisant basculer ce pays continent dans l’inquiétude. Les Etats-Unis sont secoués par une situation que certains n’hésitent pas à assimiler à l’ampleur évoquant les grandes manifestations contre la guerre du Vietnam et pour les droits civiques des années 1960. C’est dire la complexité de la situation et la difficulté à trouver l’issue pour aller dans le sens du calme. Comment cette grande tension a commencé ? Comment réagiront les autorités au niveau des différents Etats ? Quelles issues possibles ? Des questions qui restent toujours en suspens alors que le Président des Etats-Unis semble avoir choisi la politique du pire. Cette situation explosive, à cinq mois de la présidentielle américaine et alors que le pays est encore en pleine pandémie de coronavirus, est ouverte à tous les scénarios. C’est la situation la plus grave en Amérique depuis l’affaire Rodney King à Los Angeles au début des années 1990. D’habitude, ces manifestations «s’éteignent au bout de trois, quatre jours», estiment certains observateurs. Mais là, l’inquiétude est plus grande. Parce que le climat politique est «très tendu» et que la brutalité policière n’est que «la partie visible de l’iceberg», démontrant des inégalités «structurelles». Inégalités encore illustrées par la pandémie et le chômage qu’elle a générés, qui frappent particulièrement les minorités noire et hispanique. En quelques jours, l’Amérique s’est regardé le nombril, découvrant soudain ce qui n’était pas vraiment beau à voir.<