Une femme sur trois dans le monde a subi des violences physiques et/ou sexuelles à un moment donné de sa vie, le plus souvent de la part d’un partenaire intime. 71% de toutes les victimes de la traite des êtres humains dans le monde sont des femmes et des filles, trois-quarts d’entre elles sont exploitées sexuellement, selon ONU Femmes. L’organisation des Nations unies indique également que seulement 52% des femmes mariées ou en union prennent librement leurs propres décisions concernant les relations sexuelles, l’utilisation de contraceptifs et les soins de santé.

Par Selma Allane
C’est dans ce contexte qu’on marque, aujourd’hui, 25 novembre, la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, un événement qui sera l’occasion d’une campagne de sensibilisation contre l’omniprésence, partout dans le monde, de la violence à l’égard des femmes et des filles. «Tous Unis d’ici à 2030» est une initiative pluriannuelle visant à prévenir et à éliminer la violence à l’égard des femmes et des filles partout dans le monde.
Pour cette campagne, les Nations unies invitent les gouvernements, la société civile, les organisations de femmes, les jeunes, le secteur privé, les médias et l’ensemble du système des Nations unies à unir leurs forces pour lutter contre l’omniprésence, partout dans le monde, de la violence à l’égard des femmes et des filles. Cette fois, l’événement se déroulera pendant seize jours, du 25 novembre au 10 décembre prochain, qui coïncide avec la Journée mondiale des droits de l’homme. Il se décline suivant le thème « Orangez le monde : financez, intervenez, prévenez, collectez ! » dans un contexte où la pandémie de la Covid-19 a provoqué une hausse inquiétante des actes de violence perpétrés à l’encontre des femmes, une violence qui atteignait déjà des niveaux pandémiques.
En Algérie, il mobilise d’ores et déjà les institutions officielles et les collectifs associatifs pour des initiatives diverses et avec des prises de parole évidemment diverses, voire différentes, sachant que les groupes et les cercles non gouvernementaux sont, pour les plus représentatifs d’entre eux, dans une démarche militante d’alerte sur les atteintes aux droits et malheureusement aux vies des femmes dans notre pays. La chronique judiciaire de cette année qui s’achève étant on ne peut plus parlante à ce sujet sans compter tous les cas, graves pour certains, n’ayant pas été médiatisés.
Des associations ont ainsi publié des communiqués pour annoncer poursuivre leurs actions de sensibilisation contre les violences faites aux femmes dans notre pays et d’appel aux pouvoirs publics de renforcer les dispositifs de protection et de préservation de leurs droits (lire article de Leila Zaïmi). L’aAmbassade d’Espagne en Algérie organise également un débat en ligne aujourd’hui à l’Institut Cervantes d’Alger. De son côté, l’APN a indiqué la participation de la députée Nadia Labidi à la visio-réunion de l’Union interparlementaire (UIP) et de la Fondation Kofi-Annan (créée en 2007 par l’ancien secrétaire général de l’ONU), sur «la violence à l’égard de la femme en politique». Le Conseil national des droits de l’homme, dans un communiqué rendu public hier, appelle «tous les acteurs institutionnels et non institutionnels» à «jouer un plus grand rôle dans le domaine de la prévention de la violence à l’égard des femmes».
Le CNDH estime que l’article 40 de la nouvelle Constitution (amendée), qui garantit la protection des droits des femmes par l’Etat, constitue aujourd’hui une nouvelle base dans le domaine du suivi, du contrôle, de la prévention et de la lutte contre les violences faites aux femmes. Il préconise la participation à la campagne de seize jours, organisée par les Nations unies, par l’organisation d’évènements de sensibilisation comme il appelle à la création de «centres de référence qui rassemblent tous les acteurs» concernés par la prise en charge «des femmes et des filles victimes de violences», après l’urgence imposée par la crise sanitaire mondiale. Pour rappel, dans le rapport du Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, « Responsabilité partagée et solidarité mondiale : gérer les retombées socioéconomiques de la Covid-19 », il est, en effet, constaté que «la crise s’est accompagnée d’une hausse subite de cas signalés de violences domestiques, au moment même où différents services de justice, de santé et d’accueil sont affectés à la lutte contre la pandémie ».

bon à savoir
La Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes a pour origine «la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1993». Ce texte définit la violence à l’égard des femmes comme «tous actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée».
Il a été suivi par l’adoption du «Programme d’action adopté à Beijing en 1995, lors de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (après celles de 1975, 1980 et 1985), un document historique qui identifie la violence à l’égard des femmes comme l’un des 12 domaines critiques requérant une attention particulière de la part des gouvernements, de la communauté internationale et de la société civile : «Femmes et pauvreté», «Education et formation des femmes», «Femmes et santé», «Violence à l’égard des femmes», «Femmes et conflits armés», «Femmes et économie», «Femmes et prise de décisions», «Mécanismes institutionnels œuvrant à la promotion de la femme», «Droits fondamentaux de la femme», «Femmes et médias», «Femmes et environnement» et «Jeunes filles». C’est ce programme qui est fêté aujourd’hui à travers la Journée mondiale qui lui est consacrée en ce sens qu’il marque un tournant important dans le programme mondial pour l’égalité des sexes.