L’élan citoyen de solidarité et de mobilisation pour sauver Ryma Anane, brûlée vive, le 26 septembre dernier par un homme dont elle a refusé la demande en mariage, se poursuit sur les réseaux sociaux après son transfert à l’hôpital El Paz de Madrid, en Espagne, par ADM Internationale.

Par Sihem Bounabi
Cette violence extrême a suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux suivie d’un véritable élan de générosité en réponse à l’appel de détresse de sa mère pour récolter les 100 000 euros nécessaires à la prise en charge de la victime à l’étranger. De nombreuses pages relaient et partagent cet appel au don pour la cagnotte Ryma-Leetchi.com, qui a pour le moment récolté plus de 40 000 euros.
Une somme honorable mais qui reste insuffisante pour couvrir tous les soins médicaux nécessaires à la guérison de Ryma brûlée aux 3e et 4e degrés sur plus de la moitié de son corps.
Face à ce nouvel acte de violence envers une femme, Maître Nadia Aït Zai, avocate et militante pour la défense des droits des femmes, tout en saluant la mobilisation citoyenne, lance un appel aux institutions pour la prise en charge de la victime. Elle estime ainsi que «le premier geste naturel pour la prise en charge médicale de cette citoyenne algérienne, victime d’un acte atroce, aurait dû venir de la part des institutions que ce soit le ministère de la Santé ou celui de la Solidarité nationale. La prise en charge médicale à l’étranger et son transfert s’imposent au vu de la gravité de l’état de santé de la victime». Maître Aït Zai ajoute que ce «geste aurait honorer nos institutions et aurait été surtout un signal fort de l’Etat pour dire que nous sommes là pour protéger nos citoyennes».
Revenant sur la gravité des faits, la militante pour la défense des droits des femmes souligne que «c’est un acte délibéré horrible et innommable», déplorant «un énième cas sans que les institutions s’émeuvent. Et plus on avance dans le temps, plus les agresseurs redoublent de férocité et d’atrocité».
Dans un contexte de violences accrues envers les femmes, l’avocate assène qu’«il est temps que les sanctions soient aggravées et que le féminicide soit criminalisé. Ce n’est plus possible de rester dans cette situation de cas de violence et de meurtres qui vont se solder par quelques années de prison. Il faut vraiment sévir fortement pour dissuader les personnes qui ont envie de passer à l’acte».
L’avocate tient à rappeler que selon l’article 40 de la Constitution, l’Etat s’engage à protéger les femmes contre toutes formes de violences exercées dans les trois sphères, qu’elles soient publiques, privées et professionnelles. Elle souligne toutefois qu’«il est important que cette protection soit effective et pas uniquement sur papier. C’est très bien qu’elle soit inscrite dans la Constitution, mais il faut qu’elle soit concrètement appliquée à travers la mise en place de mécanismes de protection». Elle relève aussi l’importance d’avoir des discours de protection et d’engagement «du ministère de la Justice, du ministère de la Solidarité et même du président de la République qui, en tant que chef de l’Etat, doit prendre en compte l’ampleur du phénomène des actes de violence de plus en plus atroces envers les femmes», insiste l’avocate.
La militante des droits des femmes insiste également sur l’urgence pour les pouvoirs publics d’intervenir à différents niveaux en expliquant qu’«il s’agit d’intervenir au niveau des poursuites judiciaires selon la procédure, ensuite au niveau de la sanction qui doit être beaucoup plus sévère qu’elle ne l’est actuellement». «Il est aussi très important d’intervenir au niveau de la prise en charge des victimes», a-t-elle ajouté estimant que «cela aurait été un message très fort pour toutes les femmes algériennes».
L’avocate, qui estime qu’il est urgent de fortement criminaliser le féminicide, se désole à nouveau du «silence des institutions qui perdure depuis trois ou quatre ans malgré la multiplication des atrocités commises envers les femmes». «Si l’Etat n’intervient pas sévèrement et continue à se taire, cette violence innommable contre les femmes risque de s’amplifier encore.»
Pour rappel, le 26 septembre dernier, dans la commune de Makouda, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, Ryma Anane, enseignante âgée de 28 ans, a été aspergée d’essence et brûlée vive, en pleine rue, par son voisin à qui elle avait refusé une demande en mariage. Après avoir été transférée au CHU Nedir-Mohamed de Tizi-Ouzou, son état de santé s’aggrave et un appel au don est lancé une première fois par sa famille pour des dons de sang, de Flammazine et de tulle gras. Le 10 octobre dernier sa mère lance un nouvel appel sur les réseaux sociaux relayés par des milliers d’internautes pour une prise en charge de la victime à l’étranger afin de sauver sa fille entre la vie et la mort.
Selon la page «Féminicides Algérie», entre le 1er janvier et le 30 août de cette année, 32 féminicides ont été recensés en Algérie. <