Près d’une femme sur trois est confrontée à la violence dans le monde, indique l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre. En Algérie, selon les chiffres de la police nationale, les cas de violence faite aux femmes en Algérie en 2022 sont en baisse par rapport à ceux recensés en 2021. Les services de la direction générale de sûreté nationale (DGSN) ont enregistré depuis janvier 2022 4.627 affaires survenues en milieu familial et 4.641 autres hors milieu familial durant la même période de l’année en cours. Une différence négligeable. En 2021, le nombre de cas était de l’ordre de 5.646 affaires en milieu familial et 5.412 affaires de violence hors milieu familial. Même s’ils ne sont pas exhaustifs, compte tenu du fait que tous les cas ne sont pas systématiquement signalés par les victimes, ces chiffres semblent encourageants et demandent à être améliorés. L’une des voies possibles à cela : l’intransigeance de la loi et la sensibilisation sur laquelle tous les spécialistes s’accordent à dire qu’elle est fondamentale.

Par Selma Allane
Dans le monde, selon l’OMS, près d’une femme sur trois (soit 30 %) dans le monde est confrontée à une violence physique et/ou sexuelle, le plus souvent exercée par un partenaire intime. Cette violence commence tôt, puisque près d’une adolescente sur quatre (24 %) âgée de 15 à 19 ans a subi la violence physique ou sexuelle d’un partenaire, indique la même source à l’occasion de la journée du 25 novembre, Journée internationale sur l’élimination de la violence à l’égard de la femme. Selon l’OMS, les conséquences sur la santé des victimes peuvent durer toute une vie – la violence se répercute sur le physique, le mental, la sexualité et la santé reproductive des femmes.
En Algérie, selon la cheffe du bureau de protection des personnes vulnérables, service de la police judiciaire à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), le nombre des cas recensés d’enfants et de femmes victimes de violence sont en baisse dans notre pays. Lors d’un déplacement à Sidi-Bel-Abbès, où elle a tenu un point de presse, la commissaire Yasmina Khaoues a indiqué que «les services de la DGSN ont recensé durant les neuf premiers mois de l’année en cours 4.992 affaires dont ont été victimes des enfants contre 5.641 durant les neuf premiers mois de 2021». Ces affaires, a-t-elle précisé, sont liées aux coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort, agressions sexuelles, mauvais comportement, kidnapping et homicides volontaires, entre autres. Elle a souligné que 640 affaires ont été enregistrées durant l’année en cours touchant la tranche d’âge de moins de 10 ans, alors que 880 autres cas ont visé les enfants de 10 à 13 ans, 1.636 autres ont touché la tranche d’âge de 14 à 15 ans et 1.778 les enfants âgés de 16 à 18 ans. «Tous ces cas concernent les enfants des deux sexes», a-t-elle précisé.
S’agissant des affaires liées à la violence exercée contre la femme, la commissaire de police Yasmina Khaoues a signalé 4.627 affaires survenues en milieu familial, 4.641 autres hors milieu familial durant la même période de l’année en cours. En 2021, le nombre de cas était de l’ordre de 5.646 affaires de violence contre les femmes en milieu familial et 5.412 affaires de violence hors milieu familial. Pour sa part, le lieutenant-colonel Toualbia Tarek, cadre au Commandement général de la Gendarmerie nationale, a indiqué que 7.323 cas de violence contre les femmes ont été enregistrés au cours de l’année en cours.
Dans ce contexte, jeudi 24 novembre, la ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Kaouter Krikou, a déclaré que «l’Etat a mis en place des programmes nationaux et des mécanismes de protection pour promouvoir la place et les droits de la femme au sein de la société».
Il s’agit surtout, poursuit la ministre, de la prise en charge juridique de la femme en situation sociale difficile à la faveur des dispositions importantes du code pénal de 2015 qui a criminalisé toutes les formes de violence. Cette démarche s’est renforcée en 2020 grâce à la «constitutionnalisation de la protection de la femme dans l’article 40 de la constitution 2020», a-t-elle ajouté. Il s’agit là, a-t-elle soutenu, de l’engagement de l’Etat à protéger la femme de toutes formes de violence en tous lieux et dans toutes les circonstances et à permettre aux victimes de bénéficier des services de prise en charge et d’assistance judiciaire, mais aussi d’accompagner et d’encourager la femme à l’auto-emploi pour créer des micro-activités rentables après l’obtention d’une formation professionnelle spécialisée. La ministre a rappelé qu’il existe 276 «cellules de proximité» du secteur de la solidarité à travers le territoire national pour écouter les préoccupations des femmes et des familles notamment dans les zones reculées». Elle a affirmé que son secteur veille à intensifier la prévention et l’action de sensibilisation en vue d’éliminer toute forme de violence à travers «la sensibilisation des femmes aux mécanismes de protection sociale et juridique ainsi que la société aux conséquences négatives de ces comportements».

Des acquis et des défis
De son côté, la directrice du Bureau du Fonds des Nations unies pour la population en Algérie (FNUAP), Faiza Bendriss a mis en exergue les acquis réalisés par l’Algérie en matière de lutte contre toutes les formes de violence et de discrimination basées sur le genre, soulignant que «les lois algériennes y afférentes figurent parmi les plus avancées sur le plan arabe».«L’Algérie a réalisé de nombreux acquis politiques, économiques et juridiques au profit des femmes», a-t-elle dit, relevant que «d’autres défis subsistent, telle la poursuite des efforts en vue d’améliorer les conditions de vie des femmes les plus vulnérables.
Pour l’OMS, les femmes et les filles confrontées à la violence doivent bénéficier d’un soutien et notamment d’un accès sans risque à des soins et à des services. «Il est possible de mettre fin à la violence à l’encontre des femmes, mais seulement si nous agissons ensemble, maintenant», poursuit-elle à l’occasion du «25 novembre».
Cette journée, ajoute-elle, est «un moment pour réfléchir, renouveler, amplifier et établir une stratégie pour que les engagements à éliminer la violence à l’encontre des femmes deviennent réalité à l’horizon 2030». Les systèmes de santé, souligne-t-elle, ont un rôle crucial à jouer dans la réponse apportée aux femmes confrontées à la violence. <