En première ligne de la lutte contre le nouveau coronavirus, le corps médical subit de plus en plus l’agressivité, quand ce n’est pas carrément la violence physique, de certains individus qui, seuls ou en groupes, agissent, dans certains cas, dans une insécurité totale au niveau des établissements hospitaliers.

L’hôpital Mohamed-Boudiaf de Bouira a été, en effet, hier le théâtre d’une scène qui aurait pu tourner au drame quand le directeur de cet établissement s’est jeté de la fenêtre de son bureau au 1er étage pour échapper, selon des témoignages, à la pression violente de personnes qui tenaient à récupérer la dépouille de leur proche avant que soient établies les analyses d’usage par rapport à la Covid-19. Devant la pression insistante des proches du défunt, le directeur de l’hôpital n’a trouvé son salut, ajoutent les mêmes témoignages, qu’en se jetant par la fenêtre heureusement au premier niveau. Si ce responsable sort indemne de son infortune, force est de constater que la tension sur le corps médical, tous personnels confondus, s’est accentuée pendant cette période d’urgence sanitaire jusqu’à créer dans les établissements de santé un climat d’insécurité, certes amplifié par les réseaux sociaux aux conséquences réellement dangereuses pour tout le monde : personnel soignant épuisé de travailler en milieu hostile et patients qui risquent de se retrouver dans des services où le service rendu devient proportionnel au danger encouru…
Comment en est-on arrivé à ce niveau d’insécurité dans les hôpitaux ? Pourquoi cette mauvaise organisation qui génère une impression d’insécurité chez le personnel soignant ? Le travail des sociétés de gardiennage des sites, engagés en contrepartie de contrats souvent juteux, est-il soumis à évaluation et audit ? Autant d’interrogations nées d’un phénomène déjà connu en temps normal et signalé depuis des années, notamment dans les pavillons d’urgence. Mais qui évolue de manière plus qu’inquiétante durant ces derniers mois. Dans les établissements de santé, les cas d’agression de médecins et d’assistants soignants sont fréquemment signalés, laissant entrevoir un fonctionnement administratif aléatoire et une désorganisation mettant en péril la vie du personnel médical déjà soumis à la pression et au stress induits par la conjoncture sanitaire.
Il y a quelques jours montait au créneau, le personnel médical du centre hospitalo-universitaire de Tlemcen, contre les dérapages dont étaient victimes des éléments qui assuraient la garde, un incident «inacceptable» qui a été porté, faut-il le souligner, à la connaissance du ministre de la Santé et des autorités locales. «Nous, l’ensemble des médecins spécialistes et résidents en maladies infectieuses, pneumologie et médecine interne, mobilisés en première ligne durant cette crise sanitaire, sommes dans le regret de vous signaler des dérapages importants au niveau du Bloc 470 dédié à la prise en charge de la Covid-19 au niveau de la wilaya de Tlemcen, ce qui entrave notre travail, la prise en charge des patients et nous met en danger quotidiennement», a écrit le personnel de cet hôpital. «Nous déplorons l’absence totale de sécurité à l’entrée et à l’intérieur du bloc 470 bien que l’administration locale a été avisée à plusieurs reprises. Nous sommes régulièrement harcelés par des visiteurs et parents de malades, ce qui n‘est pas normal devant le risque de contagion de cette maladie», avant de relater ce qui s’est passé durant la garde du 7 juillet, quand l’équipe médicale de garde «été agressée verbalement, menacée à l’arme blanche puis agressée physiquement…».

Des mesures d’urgence… qui tardent
Auparavant, c’est un médecin exerçant à Béjaïa qui a été victime d’une agression commise par trois individus qui accompagnaient un malade, selon des sources locales. «J’ai laissé mon bébé de 18 jours à la maison pour venir travailler et en fin de compte, je me fais agresser !», s’indigne-t-il.
A l’évidence, la récurrence de ces actes ne doit pas laisser sans réaction les pouvoirs publics au risque de voir la situation échapper à tout contrôle dans les établissements de santé déjà sur le qui-vive, notamment avec le rebond de la courbe épidémique.
Il s’agit de mettre en œuvre ce qui a été annoncé antérieurement dans la mesure, où l’ancien ministre de la Santé Mohamed Miraoui avait fait état, en septembre 2019, d’une série de mesures «d’urgence» prises pour faire face au phénomène des agressions contre les personnels des établissements de santé. Alerté par les chiffres indiquant 1 922 cas d’agressions physiques et 27 909 verbales, enregistrées au cours du premier semestre de l’année 2019 au niveau national, M. Miraoui avait précisé que ces mesures portaient sur «l’organisation des services accueillant les patients et leurs accompagnateurs, la formation des agents de sécurité au niveau de ces établissements et des instructions données aux responsables des établissements relevant du secteur en vue d’ester en justice les auteurs de ces actes». Mais, depuis, rien ne semble avoir progressé sur ce terrain jusqu’à ce que le ministre de la Justice, Belkacem Zeghmati, réagisse hier pour annoncer des actions répressives contre les auteurs de violences.