Près de 8000 femmes ont subi des violences durant l’année en cours, selon les chiffres de la gendarmerie nationale présentés à l’occasion d’un atelier organisé par le FNUAP en collaboration avec la justice et différents départements ministériels concernés. Il s’agissait d’un état des lieux et des moyens de lutte en Algérie contre un phénomène qui a tendance à s’amplifier durant ces dernières années, mais qu’on a du mal à mesurer exhaustivement pour diverses raisons dont la culture et les tabous familiaux notamment.

PAR INES DALI
Beaucoup de femmes méconnaissent leurs droits et leurs voix restent inaudibles lorsqu’elles sont victimes de violence sous ses différentes formes. La lutte contre la violence basée sur le genre constitue un sujet sur lequel la société algérienne doit être sensibilisée, afin de mettre un terme ou, du moins, faire baisser autant que possible ce phénomène.
C’est ce qu’ont mis en exergue les différents intervenants dans la lutte sur ce front comme le Programme des Nations unies pour la population (FNUAP), ainsi que les représentants de la justice, de la Gendarmerie nationale et des services de la Sûreté nationale. Ils ont présenté les différents moyens de lutte et d’intervention lors de la deuxième édition de l’Atelier du réseau des journalistes pour la lutte contre les violences faites aux femmes et filles.
Durant les huit premiers mois de l’année en cours, la Gendarmerie nationale a traité près de 8 000 affaires liées à des violences contre des femmes et des filles, a fait savoir son représentant, Walid Riad Boukabou, lors d’une rencontre de deux jours, dimanche et lundi, consacrée à ce thème et organisée par le FNUAP, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) en coordination avec différentes institutions nationales ainsi que l’ambassade des Pays-Bas en Algérie.
Il s’agit exactement de «7 994 affaires qui ont été prises en charge» par cette institution, représentant une hausse de 0,56% comparativement à la même période de l’année dernière», a-t-il ajouté. Commentant qu’il s’agit d’une «très légère hausse, pour ne pas dire une stabilité des affaires traitées». Cette quasi-stabilité peut s’expliquer par le fait que beaucoup de femmes ne franchissent pas le pas de porter plainte et d’autres, après avoir porté plainte, finissent par renoncer à aller jusqu’au bout et la retirent, s’accordent à dire les représentants de la Gendarmerie nationale, de la Direction générale de la Sûreté nationale et du ministère de la Justice, présents à la rencontre.
«Après le dépôt de plainte, beaucoup de femmes se désistent car elles ignorent leurs droits. Le plus souvent, il s’agit de plainte contre l’époux. Dans ce cas, par exemple, elles ont peur d’aller au terme de l’affaire et d’être à l’origine d’un avenir incertain pour elles et leur progéniture», ont-ils expliqué. «Lorsqu’elles maintiennent leur plainte contre l’époux, cela finit toujours par un divorce.» Dans ce cas, elles se retrouvent très souvent dans «une situation précaire, ne trouvant même plus par quel moyen nourrir leurs enfants, la pension alimentaire n’étant pas versée à temps et parfois pas du tout malgré la loi. Très souvent, cela les pousse à revenir sur leur décision d’avoir leur droit par voie de recours à la justice», selon les mêmes intervenants.
Sur le total des cas de violence contre les femmes et les filles, «51% des faits relèvent de l’humiliation et de la menace, 38% sont des agressions physiques, 4% ont trait aux atteintes à la vie personnelle des victimes, alors que 2% représentent les rapts de filles», selon le représentant de la Gendarmerie nationale. En outre, «2% des filles ont subi des actes immoraux et autant ont été incitées à l’acte sexuel, tandis que 1% d’entre elles ont été sujettes à des harcèlements sexuels», a-t-il ajouté. Détaillant ces chiffres par tranches d’âge, il a précisé que «31% des victimes de violences ont plus de 42 ans, 28% sont âgées entre 30 et 42 ans, 24% ont entre 18 et 30 ans et, enfin, 17% figurent dans la tranche d’âge des moins de 18 ans», a ajouté le même responsable. Ces chiffres mettent en évidence que le phénomène de la violence contre les femmes et les filles affecte «tous les âges et toutes les conditions sociales, au sein de la famille et en dehors de celle-ci», a-t-il mentionné. Il a souligné que les brigades de la Gendarmerie nationale ciblent de manière particulière «les zones les plus enclavées pour y marquer leur présence», et assuré «tout l’intérêt accordé» par ce corps de sécurité aux actions du gouvernement pour lutter contre le phénomène de la violence faite aux femmes. Ils citent, dans ce sens, la campagne de sensibilisation menée annuellement dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre ce fléau. Pour sa part, la représentante de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), Yasmine Khouas, a expliqué les différentes procédures liées à la lutte contre le phénomène en question. Cette responsable du bureau de la Protection des personnes vulnérables a passé en revue le dispositif mis en place par l’institution, afin de combattre ce type de violences, en commençant par le dépôt de plainte, l’alerte sur un fait de violence par le biais du numéro vert ou encore via les réseaux sociaux, etc. Ce sont des procédés qui sont également utilisés par les services de la Gendarmerie nationale. La même responsable a, en outre, présenté la stratégie de communication et de sensibilisation suivie à cet effet.
Pour sa part, la directrice des Affaires pénales au ministère de la Justice, Mme Ouriche, a passé en revue les outils juridiques mis en place par l’Algérie dans le sens de la protection de la femme, citant, entre autres, la Constitution amendée de 2020 ainsi que la loi 90-11 sur le travail et le Code de la famille amendé. De son côté, la représentante du ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Mme Moussaoui, a considéré que l’arsenal juridique dont dispose l’Algérie a connu une «grande avancée», comparativement à de nombreux pays de la région Afrique du Nord et Moyen-Orient. Dans de sens, elle a exposé les différents moyens mis par l’institution qu’elle représente pour venir en aide aux femmes et filles vulnérables, notamment en leur assurant une formation afin qu’elles deviennent autonomes et puissent subvenir à leurs besoins. n