«Trente-six femmes ont été assassinées par leur conjoint, leur frère, leur père de janvier à août de l’an en cours», selon les statistiques de la presse nationale. Trente-neuf meurtres ont été enregistrés en 2019, selon la DGSN, 36 femmes de tous âges, très souvent, mères de plusieurs enfants, 36 femmes assassinées qui ne reviendront pas. 36 familles en deuil, anéanties, des enfants brisés, orphelins…
«La violence masculine tue !» est le cri d’alarme qu’a lancé le collectif féministe des «Femmes algériennes pour un changement pour l’égalité» exigeant, dans une communication rendue publique, hier, des mesures d’urgence afin de mettre un terme aux violences contre les femmes et à l’impunité. «Il est du devoir de l’Etat de protéger les femmes victimes de violence conjugale, familiale et celle de la rue, par des mesures de prévention et de protection, énergiques, efficaces», elles ont écrit.
L’association féministe qui voit la hausse de ce phénomène demande la mise en place de mesures d’urgence : «Réquisition d’auberges/hôtels pour abriter les femmes et enfants en danger ; construction de centres d’hébergement partout dans le pays. Accès aux femmes victimes de violences quel que soit leur statut matrimonial avec ou sans enfants. Financements pour la gestion et l’encadrement des centres en médecins, psychologues, aidant-e-s. Centres d’appels téléphoniques accessibles gratuitement 24 h/24, à partir du téléphone fixe et portable. Interpellation des agresseurs et protection immédiate des victimes avec ou sans certificat de médecine légale. Eloignement de l’agresseur en attendant l’enquête et modalités de jugement rapide et exemplaire. Budget alloué à l’aide aux victimes de violences et à leurs enfants. Développer des programmes de formation de prise en charge des femmes victimes de violence des professionnels de la santé, la justice et la police. Campagne massive d’éducation à l’égalité, dans les programmes et établissements scolaires, dans les placardages de rue, dans les médias et les télévisions, en particulier…».
«Silence complice de la société»
Les féministes dénoncent par ailleurs le silence, l’acceptation et la banalisation de ce genre de violence. «Des violences que notre société, dans sa globalité, accepte, banalise et justifie» «Silence pour protéger l’honneur et la réputation de la famille. Mais aussi, silence pour protéger les agresseurs des femmes. Silence des autorités. Silence complice et criminel.»
«La société est également complice en ne dénonçant pas ces crimes. En ne réagissant pas face aux violences contre les femmes car ces violences répétées sont des féminicides annoncés. Nous ne changerons rien si nous ne réagissons pas, si nous ne dénonçons pas ceux qui tuent des femmes parce qu’elles sont femmes».
Pour le collectif, il n’est pas question de se taire en assistant quotidiennement à ce genre de violence et de meurtre, car cela implique tout le monde. Dénoncer est le devoir de tous. «Il est du devoir des familles, des voisins, des collègues, des proches et des moins proches de dire, de dénoncer, de s’indigner, de refuser de se taire et de s’inscrire dans la solidarité sans conditions», ont-elles réclamé.
Il est question, également, dans cet écrit rédigé par les défenseurs des droits de femmes de poser quelques questions mettant en lumière les dépassements faits à l’encontre des femmes algériennes : «Si on comptait les femmes assassinées que la presse n’évoque pas ? Si on comptait celles qui ont été poussées au suicide, féminicides du désespoir ? Si on comptait celles que leur bourreau a fait disparaître ? Et celles dont on a déguisé l’assassinat pour le faire passer pour mort naturelle ? Et combien sont-elles, celles qui ont survécu à une tentative de meurtre ? Et celles qui subissent les coups sans porter plainte ?»