Avant sa commémoration aujourd’hui 25 novembre, la Journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes a été marquée lundi dernier par une allocution très remarquée du secrétaire général des Nations unies. António Guterres, dont les propos seront certainement au centre des débats et des discussions, ces jours-ci,  a qualifié le phénomène de « pandémie mondiale ».

Les conséquences des agressions dans toutes leurs formes que subissent les femmes, a-t-il déclaré, sont lourdes de conséquences pour les familles et la société. La violence à l’égard des femmes et des filles, a-t-il ajouté, constitue un «affront moral à tous, un signe de honte dans toutes les sociétés et un obstacle majeur à un développement inclusif, équitable et durable». Elle est la manifestation d’un profond manque de respect, et un échec des hommes à reconnaître l’égalité et la dignité », a poursuivi le secrétaire général des Nations unies. Cette question est «une question de droits humains fondamentaux ». Elle «peut revêtir de nombreuses formes, allant de la violence domestique au trafic des personnes, de la violence sexuelle dans les conflits au mariage des enfants, en passant par les mutilations génitales et le féminicide », a-t-il encore souligné.
Pour António Guterres, cette question est également politique, car «la violence à l’égard des femmes est liée à des questions plus larges de pouvoir et de contrôle des sociétés » dans un monde dominé par les hommes dans lequel « les femmes sont vulnérables à la violence de multiples façons ». Tant qu’il existera des lois discriminatoires à l’égard des femmes en matière d’héritage, de garde et de divorce, ou tant que les sociétés « restreindront leur accès aux ressources financières et au crédit », elles resteront exposées à des situations de violence, a-t-il fait savoir. Selon les chiffres de la Présidente de l’Assemblée générale des Nations unies, l’Equatorienne Maria Fernanda Espinosa, «35% des femmes auraient été victimes de violence physique ou sexuelle à un moment de leur vie et que 38% des meurtres de femmes ont été commis par un partenaire intime ». Une femme sur trois subira des violences au cours de sa vie, disent encore les chiffres de l’ONU. «Il est triste de constater, pour l’ensemble des communautés, des États et des Nations unies, que le monde est encore loin d’atteindre l’objectif de mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles », a dit Mme Espinosa à ce sujet lundi dernier.
La parole contre les violences sexistes se libère
Pour la Directrice exécutive d’ONU Femmes, l’entité de l’Organisation pour l’égalité des sexes, la Sud-Africaine Phumzile Mlambo-Ngcuka a mis en avant les initiatives de l’ONU visant à modifier les moyens de
subsistance des femmes. Ce sont « un espoir de progrès », a-t-elle indiqué avant d’estimer qu’« une culture qui passe de la remise en question de la crédibilité des victimes à la poursuite de la responsabilité des auteurs dans le respect des procédures est possible ». Dans sa dénonciation du phénomène des violences contre les femmes, le secrétaire général de l’ONU a souligné que le harcèlement sexuel affecte presque toutes les femmes à un moment de leur vie et qu’il se produit dans des institutions privées et publiques, y compris à l’ONU.
M. Guterres a reconnu que dans le contexte du mouvement #MeToo «le nombre croissant de révélations publiques de la part de femmes de toutes les régions et de tous les horizons met en lumière l’ampleur du problème » et révèle « le pouvoir de galvanisation des mouvements de femmes pour conduire l’action et la sensibilisation nécessaires pour éliminer le harcèlement et la violence partout ». Il a fait valoir qu’il faut faire davantage pour «soutenir les victimes et responsabiliser les auteurs » et entreprendre « le difficile travail de transformation des structures et des cultures qui permettent le harcèlement sexuel et d’autres formes de violence sexiste ». L’ONU, a également insisté son chef, réaffirme une politique de tolérance zéro à l’égard du harcèlement sexuel et de l’agression sexuelle commis par des responsables et des partenaires de l’ONU.
À cette fin, António Guterres a indiqué que des enquêteurs spécialisés dans le harcèlement sexuel avaient été recrutés. Il a réaffirmé son engagement « à mettre fin à toutes les formes d’exploitation et d’abus sexuels commis par des soldats de la paix et des responsables de l’ONU sur le terrain ». Une centaine d’États membres soutenant les opérations de terrain des Nations unies ont à présent signé des accords volontaires pour remédier au problème et ont appelé de plus en plus de pays à assumer pleinement leurs responsabilités en matière de formation, mais également à mettre fin à l’impunité.
Dans son allocution, le chef des Nations unies a expliqué le travail accompli dans le cadre du fonds d’affectation spéciale des Nations unies pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes.
Le fonds met l’accent sur la prévention de la violence, la mise en œuvre de lois et de politiques et l’amélioration de l’accès aux services essentiels pour les victimes. Avec plus de 460 programmes dans 139 pays et territoires au cours des deux dernières décennies, le fonds a investi dans des organisations de la société civile qui défendent les droits des femmes.
Il est à rappeler que la journée mondiale de lutte contre les violences à l’égard des femmes a été proclamée en 1999 par l’Assemblée générale de l’ONU. Depuis cette date, les gouvernements, les organisations internationales et les organisations non gouvernementales sont invités à organiser chaque 25 novembre des activités conçues pour sensibiliser l’opinion publique au problème de la violence à l’égard des femmes.n