Des peines de cinq à dix ans d’emprisonnement sont prévues par le futur texte de loi pour lutter contre les violences en milieu hospitalier.

Les sanctions contre les agresseurs des staffs médicaux dans les hôpitaux seront durcies à partir de la semaine prochaine, a fait savoir le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Ce durcissement interviendra en vertu d’une «ordonnance présidentielle ayant force de loi», qu’il signera, a-t-il précisé lors d’une entrevue accordée à des médias nationaux, diffusée dimanche soir. En ce sens, toute agression contre le personnel médical, qu’elle soit physique ou verbale, exposera son ou ses auteurs à des peines sévères «oscillant entre 5 et 10 ans de prison ferme», a souligné M. Tebboune à destination de tous ceux qui s’aventureraient encore à aller déverser leur violence dans les enceintes quasi-sacrées que sont les établissements sanitaires et contre un personnel soignant qu’on désigne aujourd’hui de «soldats blancs», non pas pour son penchant pour les sports de combat, mais pour son esprit guerrier et sa bravoure mise en bouclier contre cet ennemi de la population appelé coronavirus.
«En tant que personne, que citoyen et Président, cela me peine que des médecins et des infirmiers, qui n’ont pas vu leurs enfants depuis quatre mois, soient victimes d’agressions», a déclaré le premier responsable du pays, avant de faire remarquer que ces personnels sont de «véritables moudjahidine», et qu’«au nom du peuple algérien, les médecins sont sous l’entière protection de l’Etat algérien et du peuple algérien».
Abdelmadjid Tebboune a fait ces déclarations à la presse en référence à la recrudescence des agressions contre le personnel médical au sein des structures hospitalières. Et comme si les malheurs qu’ils subissent dans leur lutte H/24 contre le coronavirus ne leur suffisaient plus, voici que les personnels du secteur sanitaire, tous corps confondus, se trouvent violentés par des agressions à répétition dans les établissements sanitaires où ils exercent et dont le matériel n’est pas épargné non plus, subissant des actes de saccage et dégradation commis par les houligans des hôpitaux.
Le phénomène était déjà connu à travers le pays où, des parents de patients ou leurs accompagnateurs, en général, n’hésitent pas à user de violence verbale ou physique à l’encontre de médecins, d’infirmiers, d’ambulanciers ou encore d’agents de sécurité dans les hôpitaux, avec, dans certains cas des agressions qui ont coûté plusieurs jours d’arrêt de travail aux victimes. Mais la guerre livrée au personnel médical a redoublé de férocité ces derniers jours, dans des structures sanitaires où ce dernier est déjà éprouvé par le face-à-face inégal avec l’épidémie de la Covid-19, sur fond d’un deuil que dissimule mal la blouse blanche.
Parmi les agressions qui se sont produites, il y a celle dont les échos ont fait le tour du pays la semaine dernière, en partant de l’hôpital de Bouira où le directeur a dû fuir par la fenêtre de son bureau pour échapper à un groupe d’individus qui voulait également sortir de force la dépouille d’un parent décédé, avant même de connaître les résultats des tests Covid-19. Quelques jours plus tôt, le wali de M’sila a accusé des jeunes qui avaient filmé la dépouille d’une personne décédée du coronavirus laissée à même le sol, de l’avoir fait sortir de la morgue pour réaliser la mise en scène. Les mis en cause ont été arrêtés.
Le sujet est plus que jamais d’actualité, et l’escalade de la violence dans certains établissements sanitaires aurait même relégué le coronavirus au second plan des événements n’était la même tendance qui caractérise la progression de la maladie à travers le pays.
En attendant l’ordonnance présidentielle ouvrant la voie au durcissement des sanctions, la violence faite au personnel médical dans les hôpitaux a déjà poussé le ministère de la Justice à mettre en branle la machine judiciaire frappant sévèrement certains agresseurs.
En effet, plusieurs personnes reconnues coupables d’actes d’agression contre des personnels soignants ont été condamnées la semaine. Le cas ayant fait le plus de bruit, notamment à travers les réseaux sociaux, est celui de la chanteuse Sihem Japoniya qui a été condamnée, à Oran, à 18 mois de prison ferme assortie d’une amende. Elle est accusée d’agression et insultes du personnel médical du CHU Docteur-Benzerdjeb. D’autres condamnations ont été prononcées cette semaine dans le cadre des mêmes affaires d’agression contre les personnels soignants et leurs auxiliaires.
En plus de l’ordonnance présidentielle qui sera signée la semaine prochaine par Abdelmadjid Tebboune, ce dernier a déjà demandé l’élaboration d’une loi réprimant ces actes d’agression. Celui-ci viendra prochainement renforcer le dispositif de protection de tout le personnel médical, paramédical et administratif, en sus de celle déjà consacrée par les lois de la République, ont annoncé les services du Premier ministre. <